Eimelle

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Les livres, l'art, le théâtre, l'histoire, la musique, l'Italie, et tant d'autres choses !

Charlotte Delbo, La vie retrouvée

La vie retrouvée

Grasset

24,00
15 septembre 2016

Cet épais et très complet ouvrage relate sa vie, de ses premiers pas dans le monde professionnel comme secrétaire de Jouvet ( l'évolution de ses rapports au "maître" est d'ailleurs très intéressante) , sa passion pour le théâtre, son amour pour la langue, ses premiers engagements, et puis la rencontre avec son grand amour, le communisme et l'entrée en guerre.

Nous la suivons ensuite dans la Résistance, et puis l'arrestation. La déportation. Auschwitz, Ravensbrück, Raisko. Et puis le retour.
Faire partie des survivantes. Revenir à un monde qui n'existe plus. Être celle qui revient , alors que les autres ne sont plus. Son mari. Son frère. Et tant d'autres.

Devenir celle qui donne l’indicible à voir, qui met des mots sur les pires des violences, qui redonne vie à ses compagnes mortes au camp.
Graver dans la conscience ce que les hommes ont commis de plus atroce.
Écrire ce qui était impensable et qui fut pourtant la réalité.

Mais le travail de Ghislaine Dunant ne s'arrête pas à la biographie, c'est aussi une analyse très complète du point de vue littéraire de l'oeuvre de Charlotte Delbo, poétique, romanesque, théâtrale, mais aussi correspondance ou articles dans la presse, ainsi que de ces difficultés à trouver un éditeur, à se faire entendre, d'une réception de ces textes parfois plus facile aux Etats-Unis que dans une France plus prompte à fermer les yeux qu'à voir en face certaines pages sombres de son passé.
La difficulté d'être femme aussi parfois.

Et c'est bien là toute la vie de Charlotte Delbo.
Donner à voir.
Ce qui fait mal. Ce qui fait honte.Ce sur lequel on a fermé les yeux.
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Petit pays

Gaël Faye

Grasset

18,00
4 septembre 2016

Gaël Faye a choisi la voix d'un petit garçon, un narrateur d'une dizaine d'années, pour raconter le Burundi, en particulier celui de ces premières années d'enfance, d'avant la guerre, de cette innocence qu'il aimerait tant conserver, de ce paradis à jamais perdu.

Et puis la guerre ensuite, lointaine d'abord, au Rwanda, de l'autre côté de la frontière, et qui peu à peu étend ses tentacules jusqu'à leur impasse et leur famille. Les coups d'états, les massacres, les exactions. Un enfant qui tente d'y échapper, dans les livres en particulier, mais qui finira par être rattrapé lui aussi par la violence. Quand la peur naît.
Et l'après...
Gaël Faye, en quelques pages, réussit à faire renaître ce "Petit pays" que les lecteurs n'oublieront pas. Et si le sujet est dramatique, l'écriture, grâce au regard de l'enfant, reste poétique et lumineuse.
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La soledad

Presses de la Cité

20,00
2 septembre 2016

Un roman choisi pour sa couverture !
La photo m'a intriguée, la mention de "Venise" a achevé de me convaincre de le lire, et j'ai fort bien fait !
Il s'agit pour l'instant du plus atypique de ceux que j'ai lu de cette rentrée littéraire, une allure des Milles et unes nuits : pour la quête d'une seule nuit d'amour, il s'agit cette fois de composer l'histoire qui en sera le sésame d'entrée...
Plusieurs récits s'enchaînent alors, on a parfois l'impression d'être dans un recueil de nouvelles, de perdre le fil du récit principal, mais il y a toujours un élément, un personnage, un sentiment pour lier les différentes histoires unes aux autres.
La construction est surprenante, on voyage aux quatre coins du monde, de l'Argentine à la Russie, on rencontre une multitude de personnages et de situations, certaines très touchantes, du prescripteur de livres au commentateur sportif qui offre un magnifique cadeau à des grands-pères, du chasseur de rêves au taxeur de mots (une réflexion très inquiétante d'ailleurs, peut-être le passage que je retiendrais le plus avec la retransmission émouvante du match de foot), pour ne citer que ceux qui m'ont le plus "parlé", on oscille entre poésie et philosophie, sourires et émotions, humanité et tendresse.
Certaines parties m'ont séduite davantage que d'autres, mais une chose est certaine, on ne se sent jamais seul en compagnie de ces personnages !
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Laëtitia ou la fin des hommes
27 août 2016

Un fait d'hiver dont on se souvient tous. Le visage d'une jeune fille sur un avis de recherche, à l'ouverture d'un journal télévisé...
Mais qui était-elle réellement? En quoi ce meurtre peut-il devenir l'objet d'une étude historique et sociologique?

C'est tout l'enjeu de ce livre, qui en dressant la biographie de Laëtitia, en reconstituant minutieusement sa dernière journée tragique, en révélant les coulisses du procès, la politique qui s’immisce dans le judiciaire et autres récupérations, brosse un portrait de la société qui fait froid dans le dos.

Des violences familiales au suivi autour de l'enfance en danger, de l'inceste au viol, de l’alcool à la drogue, des foyers aux familles d'accueil, du suivi (ou non) des sortants de prison pour les autres, l'enquête touche à de nombreux domaines.

A la fois œuvre de mémoire pour la victime et étude sociologique de cette France péri-urbaine dont on parle finalement peu, l'essai se lit comme un roman. Il dérange parfois, on pense à sa réception chez l'entourage de la jeune fille, au décalage entre le profil de l'auteur et de ceux dont il parle, mais il donne envie de se battre. Pour les enfants. Pour les femmes. Pour la société.

L'enfant qui mesurait le monde, roman
24 août 2016

Une petite île, pas très loin d'Athènes, au sud du Péloponnèse, qui a tout de la carte postale, baie superbe, ruines antiques, pêcheurs ... mais le décor ne reste pas idyllique longtemps.

C'est la crise. L'économie est en berne, le moral aussi.
Les principaux héros ont leur lot de problèmes personnels en prime. La mort d'un enfant pour l'un, un enfant différent pour l'autre.
Et c'est pourtant ce petit Yannis qui détient les clés de l'équilibre. Équilibrer le monde. A coups de chiffres, de calculs savants, et de pliages.
Il y a de très belles pages sur les liens des habitants de l'île avec cet enfant si fragile, l'aide apportée...

Si j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire (je me suis quelque peu perdue au début dans les personnages, je n'étais pas complètement disponible au début de l'histoire, je l'ai repris tranquillement un peu plus tard, et j'ai cette fois apprécié sans réserve ! ), j'ai beaucoup aimé ensuite les références à la fois philosophiques, architecturales et mathématiques, un bel hommage à la Grèce, et quelques pistes pour faire face au chaos du monde...