sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Tours et détours de la vilaine fille
19 janvier 2019

Orphelin élevé par sa tante dans le quartier chic de Miraflores à Lima, Ricardo tombe irrémédiablement amoureux de Lily, une petite Chilienne délurée qui n'a que faire de l'adolescent transi et préfère ne pas s'attacher. Dix ans plus tard, alors qu'il est installé à Paris, son cœur bat pour Arlette, une guérillera péruvienne en transit en France avant d'aller se former à la révolution à Cuba. Plus tard, c'est l'élégante Madame Arnoux, l'épouse d'un diplomate français, qui lui tourne la tête avant de se faire la belle avec un autre homme et les économies de son mari. Traducteur et interprète pour l'ONU, Ricardo est amené à voyager à travers l'Europe et en Angleterre, il s'éprend de Mrs Richardson, la femme d'un aristocrate anglais éleveur de chevaux. Quand elle aussi finit par disparaître, il jette son dévolu sur Kuriko, la maîtresse soumise d'un yakuza japonais, croisée à Tokyo. Le brave Ricardo serait-il un cœur d'artichaut ? Que nenni ! Ricardo est un "bon garçon", un amoureux fidèle toute sa vie, épris de la même femme, une "vilaine fille" qui change d'identité comme de robe, qui refuse son romantisme, ses "cucuteries", ses demandes en mariages, toujours à la recherche d'un meilleur parti, d'une meilleure situation. Pourtant, le bon garçon n'aime pas en vain la vilaine fille. Elle l'aime aussi, à sa façon cruelle, se servant de lui, lui mentant, le trahissant, le quittant, lui brisant le cœur à chaque fois un peu plus.

L'histoire d'amour improbable et passionnelle entre un interprète un peu terne et une croqueuse de diamants frivole. Mais ce ne sont là que les apparences. Derrière la vie plate et routinière de Ricardo se cache un homme capable de grandes choses par amour : traverser le globe, s'endetter, soutenir, souffrir, pleurer et la vilaine fille n'est pas que mépris et traîtrise, elle sait aussi se faire tendre, enjôleuse, amoureuse. Le lien qui les unit, tissé pendant leur adolescence péruvienne, se tend et se détend mais jamais ne lâche, même si la vilaine fille s'en défend, même quand le bon garçon veut tourner la page. Mais Mario Vargas Llosa ne se contente pas de raconter l'amour, il inscrit aussi son histoire dans la grande Histoire et en profite pour évoquer en vrac la révolution cubaine, les guérillas en Amérique Latine, la situation politique et économique du Pérou, le sida, mais aussi des sujets plus légers comme le mouvement hippy londonien. C'est aussi le roman de la solitude de l'exilé, ce déraciné qui n'est jamais tout à fait d'ici et plus totalement d'ailleurs.
Un bien beau roman, drôle et émouvant, porté par deux héros étonnants entraînés dans une histoire d'amour rocambolesque et entourés de personnages secondaires hauts en couleurs.

Gâteaux nuage

Hachette Pratique

7,99
15 janvier 2019

"Si je te l'achètes, tu m'en feras ?"
Question de ma tante Olga, brandissant "Gâteau nuage" au milieu de la librairie Kléber à Strasbourg. Et comme je ne sais résister ni à un livre ni à un gâteau ni à ma tante, me voilà en possession de l'ouvrage de la blogueuse Maman pâtisse, Déborah Landini de son vrai nom. Très vite, j'ai fait le gâteau nuage de citron meringué qui m'a fait de l’œil sur la couverture. Et là, coup de foudre, coup de cœur, coup de "je vais encore prendre des kilos !". Un biscuit moelleux, une mousse aérienne dont la légère acidité est contrebalancée par la délicieuse couche de meringue italienne et le tout qui fond en bouche comme un... nuage ! Bref, comme je suis monomaniaque, je n'ai pas testé toutes les recettes, juste le nuage praliné (excellent) et, côté salé, le nuage munster/cumin (original), mais par contre j'ai enchaîné les nuages au citron à un rythme infernal. Avec succès d'ailleurs puisque le bouquin est devenu un best-seller familial. Mon père a fait son nuage citron, ma tante Sonia a fait son nuage citron. Et ma tante Olga ? Elle s'est acheté le livre et un cercle à pâtisserie...

Japon

Trevisan, Irena

Vilo

41,00
13 janvier 2019

L'italienne Irena Trevisan nous offre un vaste panorama du Japon, des neiges d'Hokkaïdo jusqu'aux plages d'Okinawa. Pays fascinant dont on aime dire qu'il allie tradition et modernité, le Japon offre une variété de paysages naturels et d'autres façonnés par l'homme. Temples, sanctuaires et jardins zen côtoient buildings et enseignes lumineuses. La modernité et la rapidité du shinkansen n'empêchent ni la méditation, ni la contemplation des cerisiers en fleurs. Les explications claires et détaillées d'Irena Trevisan accompagnent à merveille les photos de ce beau livre dont l'intérêt est aussi d'explorer des régions plus méconnues du Japon, en dehors des traditionnels Kanto et Kansaï.
Accompagné des commentaires précis et pertinents de l'auteure, ce document sobrement intitulé Japon souffre tout de même de quelques défauts. D'abord les photos, certes magnifiques, ont été piochées dans une base de données et ne sont donc pas des productions d'Irena Trevisan, ni même le fruit d'une collaboration avec un photographe, et ensuite, textes explicatifs et photos ne partagent pas toujours la même page, ce qui oblige à chercher les références dans les pages précédentes ou suivantes.
Le livre reste cependant un véritable plaisir des yeux et une belle invitation au voyage.

Des mille et une façons de quitter la Moldavie
11 janvier 2019

"L'Italie, c'est un pays magnifique, la promesse d'un travail sans effort. De l'argent, de la propreté, des musées, des tableaux, de la nourriture..."
Voici l'Italie telle que la rêve le Moldave Séraphim Botezatu, du village de Larga, depuis son plus jeune âge, avant même l'effondrement de l'URSS et la misère qui s'en est suivie, avant même que l'immigration soit à la mode et que 200 000 Moldaves fuient leur pays pour s'installer illégalement dans cet eldorado merveilleux. À Larga, Séraphim a fait des émules et ils sont nombreux à vouloir abandonner une maison qui s'écroule, un champs qui ne donne pas, un labeur épuisant, la crasse et la misère, pour l'Italie où une femme de ménage peut gagner jusqu'à 1000 euros ! Même le président se verrait bien pizzaiolo dans une quelconque ville italienne. Mais la botte ne veut pas de tous ces hommes de bonne volonté. Alors les villageois redoublent d'ingéniosité pour atteindre ce pays de cocagne tellement inaccessible que certains sceptiques vont jusqu'à dire qu'il n'existe pas.

Mieux vaut en rire qu'en pleurer pourrait être le sous-titre de ce roman du moldave Vladimir Lortchenkov qui a choisi la farce déjantée pour raconter son petit pays qui détient la triste palme du pays le plus pauvre d'Europe. Mais derrière la loufoquerie et l'absurdité des situations, il faut voir la souffrance d'un peuple abandonné de tous qui se débat avec la misère, la corruption et la fuite des forces vives vers un horizon plus lumineux. Ici c'est l'Italie qui tient lieu de but ultime pour ces paysans dont la terre est trop pauvre pour les nourrir. Et tous les moyens sont bons pour accéder à ce paradis sur terre, du sous-marin fait maison à la création d'une équipe de curling, en passant par une sainte croisade ou un tracteur volant. Toutes ces tentatives sont vouées à l'échec mais reflètent bien la détermination des Moldaves à trouver en Europe une vie meilleure.
Humour noir, cruauté et poésie pour un livre sympathique mais qui tourne un peu en rond. Une curiosité venue de l'Est.

TRAIN DE NUIT DANS LA VOIE LACTEE, nouvelles
6 janvier 2019

Gauche, un violoncelliste, améliore ses performances grâce à des professeurs étonnants et découvre que sa musique peut guérir. Dans un village de montagne, des écoliers voient arriver un nouveau camarade, c'est Matasaburo, le fils du vent.
Giovanni, moqué par ses camarades, s'évade en montant dans le train de la voie lactée.

Animaux doués de la parole, garçon qui apparaît et disparaît avec le vent, voyage onirique dans les étoiles, en trois nouvelles Kenji Miyazawa mêle habilement le fantastique et le terrien. Au cœur de ses histoires, la nature omniprésente, le rêve, l'enfance mais aussi la disparition et la mort, ou plutôt le passage de la vie à la mort, comme un voyage vers l'au-delà empreint de sa foi bouddhiste.
Trois nouvelles, trois univers et toute une palette d'émotions : optimisme et sourire avec Gauche, nostalgie avec Matasaburo, magie, poésie, chagrin avec Giovanni.
Beauté des mots, poésie et onirisme, merveilleux et fantastique, pour un auteur à découvrir.