Annesophie B.

https://annesophiebooks.wordpress.com/

Blogueuse littéraire passionnée.

Et les vivants autour
7 mai 2020

Du très bon thriller psychologique.

Une très agréable surprise que ce nouveau roman de Barbara Abel.
Avec talent elle nous montre une fois de plus toutes les petites fêlures camouflées derrière les apparences bien lisses de personnes « biens comme il faut ».

Quatre ans. Quatre longues années que Jeanne est dans le coma suite à un accident.
Que sa sœur, ses parents et son mari attendent que la jeune femme se réveille.

Mais aujourd’hui le médecin qui s’occupe de Jeanne veut les voir pour discuter.
Ils s’attendant à entendre de mauvaises nouvelles... la vérité sera encore pire que ce qu’ils imaginaient.

Le genre de vérité qui pousse les façades à s’effriter, aussi sûrement qu’un bâton de dynamite caché dans des fondations.
Le vernis craque, s’écaille, lentement mais sûrement.

Il faut reconnaître qu’il y en a des couches et des couches, et derrière chacune d’entre elles, secrets, mensonges, douleurs et rancoeurs se camouflent.
Et le lecteur assiste, sagement, à la déliquescence, lente mais irrémédiable, de cette jolie famille sous les assauts de tous ses affreux mensonges.

Nul n’est parfait, on le sait, mais avec Barbara Abel, même un saint peut devenir un démon.
Et c’est justement ce qui nous plait tant dans ses romans.

J’aime beaucoup l’auteure, certes. Pour autant tous ses titres n’ont pas forcément été des coups de cœur.
Mais avec « Et Les Vivants Autour » elle a su créer ce si savant mélange qui me fait m’accrocher à un roman jusqu’à sa dernière page.
Tout n’y est pas parfait, et c’est précisément ce qui le rend si bon !
Si l’auteure avait tenté de faire de grandes phrases, ou même de maintenir tous les différents suspenses jusqu’au bout, l’intrigue aurait été moins aboutie.

Là elle nous offre quelques facilités, de-ci de-là, nous donnant l’impression de comprendre tous les ressorts psychologiques des différents protagonistes.
Et pourtant, au final, loin s’en faut, croyez-moi !

Ce titre-ci est sûrement l’un de ses meilleurs thrillers psychologiques à ce jour.
Peut-être parce qu’il traite de sujets on ne peut plus communs comme de sujets on ne peut plus graves.
Peut-être juste parce qu’elle a le talent de nous amener là où l’on ne l’attendait pas.

Que vous dire de plus, à part lisez le vite !!

LA CAVE AUX POUPEES

Taurnada

Taurnada éditions

9,99
30 avril 2020

Un très bon roman noir.

Taurnada propose des lectures différentes et de qualité. Et La Cave Aux Poupées en est un excellent exemple.

Thriller et roman noir, c’est certain, mais au delà de ces étiquettes, l’auteure, Magali Collet, va beaucoup plus loin que beaucoup d’autres romans dans son intrigue.

Manon habite avec son père. Le Père, comme elle l’appelle.
Elle vit à travers les téléfilms qu’elle voit passer à la télé, s’imaginant que la vraie vie est celle qu’elle aperçoit à travers cette petite lucarne.
Et c’est bien normal, car comment la vraie vie pourrait-elle être celle qu’elle subit depuis sa naissance ?
À supporter les horreurs du Père ?
À passer ses journées à nettoyer, faire à manger, panser ses plaies ?
Nourrir et laver les autres jeunes femmes enfermées dans la cave ?
Et pourtant, c’est bel et bien sa vie.

Et les règles en sont simples : elle n’est rien, et les autres filles sont encore moins qu’elle-même.
Jusqu’au jour où...

Cette histoire est-elle difficile à lire ? Oui, clairement elle l’est.
Non pas sur la forme (qui est très bonne), mais sur le fond. Parce que, nous le savons tous, ces monstres existent réellement dans la vraie vie.

Toutefois, il n’est nullement question ici de voyeurisme.
Bien sûr, cette vie est un enfer, mais à aucun moment l’auteure ne se complaît dans des descriptions malsaines. Les choses sont dites sans ambiguïté, mais sans détails inutiles.

Les sentiments du lecteur sont mis à rudes épreuves, non pas à cause des mots utilisés mais à cause de ses propres sentiments envers les protagonistes.

Le Père est le bourreau.
Camille, la victime.
Mais Manon ? À la fois victime et bourreau, je suis passée par beaucoup de sentiments contradictoires pour elle.
Le chagrin et la colère étant ceux qui revenaient le plus souvent.

Je me suis régulièrement demandé comment elle pouvait « aider » Le Père avec les prisonnières, alors qu’elle était là mieux placée pour connaître leurs souffrances.
Par habitude ? Par peur ? Obéissance aveugle ? Instinct de survie ?
Sûrement un peu de tout ça.

Mais il y a plus, tellement plus, à découvrir sur elle.

C’est une lecture que je recommande sans hésiter.
Et une auteure que je vais suivre de près !

L'affaire Clara Miller
19,90
29 mars 2020

Tout simplement excellent.

Le propre d’un auteur est de nous raconter des histoires.
Beaucoup le font bien, mais certains font mieux encore.

Et Olivier Bal fait partie de ceux-là.

Avec L’Affaire Clara Miller, il ne se contente pas de nous offrir un très bon polar, il nous le fait vivre et ressentir.

Grâce à des personnages forts, marquants, tous très bien travaillés. On les aime, on les déteste, pour certains c’est même les deux à la fois, mais ce qui est sûr c’est qu’ils nous resteront longtemps en mémoire.

L’intrigue, elle, est tout simplement captivante.

Le mystère du Lac Aux Suicidées est loin d’être le seul de ce polar, et si le roman est riche de questions, l’auteur, lui, ne se disperse en rien et il ne perd son lecteur à aucun moment.
Les implications des uns et des autres sont très bien développées, et les différents aspects des personnalités sont particulièrement intéressants.
L’alternance des chapitres, entre les différents personnages et entre les deux périodes (1995 et 2006), crée une dynamique parfaite.

Mais, ce qu’il y a de plus fort dans ce roman, au-delà de l’intrigue prenante et de la richesse des personnages, c’est le talent avec lequel l’auteur nous imprègne de l’histoire.

Il ne fait pas que nous décrire un décor ou une époque, il leur fait prendre vie.

Un peu à la façon de R.J. Ellory, il parvient nous immerger non seulement dans une enquête, mais également dans une époque, un pays, bref, à nous transporter dans l’histoire et à nous y maintenir jusqu’à la dernière page.
Dernière page que l’on tourne d’ailleurs à regret, tant on se sent bien au milieu de cette lecture.

Pourquoi Clara a t-elle terminé dans ce Lac ?
Qui est réellement Caan ?
Que cache le manoir de Lost Lake ?
Et que s’est-il réellement passé ce fameux 19 novembre 1995 ?

Si vous voulez avoir les réponses et si vous souhaitez une excellente intrigue, avec rythme soutenu, des personnages passionnants, et une véritable atmosphère, pas de doute, il vous faut découvrir L’Affaire Clara Miller.

Un vrai et bon polar, qui vous embarquera et vous permettra de vous évader, jusqu’à sa dernière phrase.

S’il est dans votre PAL, sortez le vite.
Et s’il n’y est pas encore, dépêchez-vous de vous le procurer !

Les cicatrices
20,00
22 mars 2020

Thriller pur jus.

À mon avis la définition du mot thriller dans un dictionnaire devrait automatiquement renvoyer au dernier roman de Claire Favan.
Parce que, clairement, Les Cicatrices est un pur thriller.
Et un sacrément bon qui plus est...

Avez-vous déjà joué au rubik’s cube ? Vous savez, ce cube multicolore à plateaux tournants, où le principe est de remettre chaque case à la bonne place de façon à ce que chaque face sa seule couleur.
Pour moi il n’y a pas de doute, ce jeu a été inventé pour nous rendre dingues...

Le rapport avec le nouveau titre de Claire Favan ? Eh bien c’est simple, c’est l’image qui m’est naturellement venue à l’esprit au fur et à mesure que j’avançais dans les chapitres : j’avais un superbe rubik’s cube entre les mains.

Sauf que l’auteure nous l’offre bien entendu savamment mélangé par ses soins. Et sans avancer dans cette lecture, impossible de parvenir à remettre les faces en ordre...

Au tout début de ce roman, vous aurez l’impression de suivre quatre histoires totalement différentes.
Oh, seulement pendant quelques pages, rassurez-vous !
L’auteure s’arrange pour que l’on comprenne très vite qu’il n’en est rien.

Vous aurez ensuite la certitude d’avoir finalement affaire à trois intrigues... avant de retomber sur un os qui remélange toutes les couleurs et fait s’envoler la première face que vous pensiez être parvenu à assembler.

Quatre histoires ? Trois ? Deux ? Une seule histoire, à facettes multiples ?
Tout est lié, c’est évident, mais comment ?

Claire Favan s’amuse à faire tourner les plateaux et à déconstruire nos idées premières pour rendre le puzzle encore plus addictif.
Et ça marche !

Chaque fois qu’elle nous accorde enfin un côté parfaitement uni, on cherche encore à comprendre, à analyser les tours de roues, des fois que ça nous servirait pour la suite...
Mais il n’en est rien non plus, et force est de constater que nous sommes prisonnier de son bon vouloir pour parvenir à résoudre l’ensemble du casse-tête.
Et on adore ça !

Parvenu à la fin du livre, on un peu sonné, quelque peu épouvanté, et totalement bluffé.

Bref, une vraie réussite dans le genre.
Allez-y sans crainte, l’auteure sait ce qu’elle fait, et elle le fait divinement bien.

CHEZ NOUS

Sonatine éditions

22,00
11 mars 2020

Mensonges et faux-semblants.

Premier roman très prometteur de Louise Candlish, Chez Nous réunit beaucoup de points forts.

En premier lieu, son ambiance, qui ravira les nombreux lecteurs sensibles à cette touche si particulière que les auteurs britanniques savent mettre en place.

Les personnages, ensuite.
Loin d’avoir essayé d’en faire des parangons de vertu, l’auteure nous les offre avec leurs failles et leurs défauts. Profondément humains, parfois terriblement agaçants, mais la plupart du temps complètement dépassés par les événements, ils ont tous une sorte de retenue (typiquement british) qui leur permet de se dévoiler que par petites doses.

Le résultat ne provoque pas forcément un lien d’empathie étroit entre le lecteur et les différents protagonistes, et, aux vues de l’intrigue et de la fin du roman, c’est probablement un parti pris de Louise Candlish, pour nous laisser savourer la toute fin (qui ne manque pas de piquant !) à sa juste valeur.

Mais le point le plus fort de ce thriller est, selon moi, le mode de développement de son intrigue, à savoir deux versions (celle de Fiona et celle de Bram), chacune à d’elles se rapportant à deux périodes différentes.

Nous suivons donc Fiona, grâce à son podcast, qui nous raconte l’ensemble de son histoire, et en parallèle nous découvrons ce qu’il s’est précisément passé « le jour où » grâce à des chapitres qui découpent la journées quasiment heure par heure.
Même chose pour Bram, qui nous dévoile sa version de toute l’histoire au travers d’une longue lettre, et que nous suivons également pas à pas je Jour J.

Deux personnages, deux versions, quatre moments différents.
Autant dire que l’exercice était périlleux, même pour un auteur chevronné !

Et pourtant Mme Candlish s’en sort très bien, et arrive à tenir ses quatre courants différents avec dextérité pour les amener à se rejoindre au moment opportun.

Même si, personnellement, je pense qu’une cinquantaine de pages de moins n’auraient pas forcément porté préjudice à l’intrigue, il faut reconnaître que chacun des chapitres apporte un petit plus à la compréhension de l’ensemble.

Un thriller psychologique tout en finesse, qui se découvre à petits pas, et dont la morale m’a beaucoup plu.

À découvrir !