Eric R.

Idiss

Richard MALKA, Robert BADINTER

Rue de Sèvres

20,00
par (Libraire)
29 mars 2021

Plein d'amour

C’est une histoire difficile, qui rejoint le destin de milliers de juifs persécutés au début du XX ème siècle dans l’Europe de l’Est avant d’être pourchassés puis exterminés par le régime nazi, mais « Idiss » reste pourtant une Bd lumineuse, empreinte d’humanité et d’optimisme. « Les couleurs du passé revêtent l’éclat des beaux jours » écrit Robert Badinter sur le bandeau de l’album. Ainsi peut on résumer cette adaptation du récit de l’ancien garde des Sceaux consacré à sa grand-mère qui avait obtenu lors de sa parution un grand succès de librairie (plus de 200 000 exemplaires).

Le contraste est saisissant entre les pages magnifiquement colorées, empreintes de tendresse et de luminosité et l’histoire d’Idiss, qui personnifie par sa vie l’une des plus grandes tragédies du siècle dernier. Idiss est juive, née dans la Bessarabie tsariste, dans ce qu’on appelle le Yiddishland, un monde aujourd’hui disparu. Elle survit chez ses beaux-parents, avec ses deux garçons et bientôt sa fille Chifra, mariée à Schulim, un homme bon qui revient de la guerre mais est possédé par le démon du jeu. Les pogroms se multiplient, la misère est omniprésente, l’antisémitisme est partout. En 1912, La France, son mari et ses enfants déjà émigrés, l’accueillent comme des milliers d’autres réfugiés d’Europe centrale. Idiss, émerveillée par la République, la prospérité va y trouver la paix, la joie de vivre et une vie familiale épanouie. C’est le temps du bonheur, partagé lors de pique-niques, avant d’être rattrapée par l’arrivée au pouvoir en Allemagne d’un modeste peintre du dimanche.

Le monde s’assombrit mais Fred Bernard ne plonge pas sa palette de couleurs dans le noir pour autant. Idriss, même dans les difficultés les plus rudes, reste lumineuse et sa personne éclaire encore les pages les plus tristes.. Le scénario limpide de Richard Malka met au premier plan l amour d’un petit-fils à sa grand-mère en respectant le texte d’origine. Idiss incarne l’une des plus grandes tragédies de l’Histoire mais l’amour qu’elle prodigue aux siens, l’amour qu’elle voue à ce pays qui l’a accueilli atténue la violence de l’Histoire. Aimer, protéger, entourer, inciter, « il n’y a jamais d’excuse à ne pas exceller », sont des valeurs qui explosent au fil des planches et semblent finalement supérieures aux forces de l’obscurité et de la haine. Idiss est vainqueur et emmène avec elle toute sa famille, même meurtrie, même disséminée.

« Quand tu auras mon âge » déclare Idiss à la fin de sa vie à sa belle fille Marguerite, « tu sauras que les vieillards ne vivent que par l’amour de leurs petits-enfants… Les voir, les toucher, c’était ma source de vie ». Le témoignage tendre et respectueux de son petit-fils Robert démontre qu’elle aussi était une source de vie pour les êtres qui avaient la chance de l’entourer.

Eric

Dessiner encore

Les Arènes

28,00
par (Libraire)
18 mars 2021

Magistral !

« Dessiner encore », dessiner encore. Il y’a du Bernard Lavilliers dans cette injonction, comme dans celle qu’il chante à l’égard des sidérurgistes menacés de chômage. « Travailler encore », « Dessiner encore », travailler, dessiner, agir, s’occuper, faire ce que l’on sait faire, ce pour quoi on est né: pour ne pas sombrer, couler, être submergé par la vague du chômage ou de la mort. Comme Catherine Meurisse notamment, sortie de l’horreur par la quête de la beauté, Coco ne peut s’extraire du traumatisme subi que par ses crayons. C’est justement le crayon de Boucq qui nous avait envoyé la dernière image de la dessinatrice dans le remarquable ouvrage « Janvier 2015. Le procès ». Il avait saisi Coco refaisant, à l’audience du 8 septembre 2020, ses gestes du 7 janvier 2015, cette mise à genoux, mains sur la tête, tête penchée vers le sol. Alors il fallait revivre cette journée, recommencer, redire, et même redessiner ces moments où tout bascule à jamais. Devant le tribunal, comme dans cet ouvrage. Raconter le départ précipité de la rédaction pour aller à la crèche, revoir ces deux ombres, deux linceuls noirs qui vous menacent, refaire ce code qui va ouvrir la porte du journal aux silhouettes noires armées, pour enfin pouvoir extraire ce traumatisme indicible lorsque « la mort est là. Tout près ».

Quand Riss ou Philippe Lançon firent appel aux mots, Coco, après Luz et Catherine Meurisse, appose à ces phrases, des dessins, des couleurs sur la feuille blanche pour raconter.
Il y’a les dessins narratifs, ceux qui disent l’histoire des attentats, leur origine, les procédures judiciaires, les lâchetés d’une partie du monde médiatique, journalistique, politique. Coco, de son statut d’abord de pigiste, puis de membre de la rédaction, pose son regard d’incompréhension sur ces « Oui. Mais… », ces accusations « d’ajouter de l’huile sur le feu », comme si il y’avait des moments pour la liberté, parfois, souvent, mais pas tout le temps. Elle se dessine alors avec des yeux ronds, surpris, figés devant ce qu’elle ne peut comprendre.

En bonne chroniqueuse, on revit avec elle le 11 janvier, la création du numéro « des survivants » mais on la suit encore avec plus de passion lorsqu’elle exprime son mal être, sa souffrance, se détachant de l’histoire du journal et de la relation des évènements, pour se raconter elle.

« Je me lève 7, je vis 7, je mange 7, je dors … pas ».

Pour beaucoup, le dessin de Coco est un dessin de crobard, ces croquis rapidement saisis qui racontent en quelques traits brefs, sommaires, mais efficaces l’humour, l’actualité et surtout les dixièmes de seconde essentiels de la vie. Avec « Dessiner encore », on découvre l’immense talent de la dessinatrice, sa capacité à mettre des dessins sur des états d’âme, à multiplier les techniques de mise en page pour dire et montrer. Le dessin permet d’utiliser la métaphore et c’est lui qui nous fait nous envoler avec Coco sur un bel oiseau, tenter de s’accrocher à ses ailes, se tenir debout sur son dos, avant de chuter. Plus tard, comme dans les cases d’un échiquier mortel, aux carrés rouges et noirs, on imagine toutes les situations, à l’entrée de la salle de rédaction, le 7 janvier: « Et si je », « Et si ». Autant de cases comme autant de possibilités de jouer entre la vie et la mort. Mais un jeu inutile car les jeux sont faits. Les Kalachnikov sont plus fortes que les tours ou les rois. Les dessins sont sombres mais jamais opaques, jamais totalement noirs. C’est l’obscurité plutôt qui domine, celle qui trace des méandres, des fils de soie, sous nos paupières quand nous fermons les yeux.

Puisque il faut bien continuer à vivre et tenter « d’aller chercher le trauma », de l’extraire, la couleur se révèle nécessaire. Elle prend presque toujours la lumière de la campagne, du vert des arbres en fleurs, de l’ocre de l’automne, de la nature derrière les carreaux d’une fenêtre omniprésente, ouverture vers l’extérieur, vers le monde du dehors. La couleur comme symbole de ce qu’un spécialiste appelle un « endroit refuge », un endroit protecteur, quand la souffrance devient trop grande. Et puis il y’a le bleu, le bleu de la couverture, le bleu de la pochette qui contient les documents d’aide aux victimes, le bleu comme une bulle de vie dans le marron de la souffrance. Et le bleu de la mer, celle que Coco dessine comme la vague d’Hokusai, porteuse de colliers de perles d’eau, blanches, étincelantes. C’est une vague qui flue et reflue, qui enfonce, engloutit et relève, redresse la dessinatrice brinquebalée au fil de ses états d’âme. Mais l’eau porte, supporte nos corps au dessus des ombres des linceuls noirs qui coulent inexorablement vers le néant. Il faut bien vivre.

Alors « dessiner encore »? La réponse, Coco, vous l’apportez vous même: « Je lutte. Je veux dessiner encore. Que suis-je? Illégitime ou nécessaire ?Arrête de te torturer. Tais toi et dessine ».
Dessinez Coco. Encore et toujours.

Eric

Emmanuel Guibert, en bonne compagnie
par (Libraire)
18 mars 2021

Une magnifique monographie

Il est LE dessinateur de ces deux dernières années: réimpressions multiples, articles dans la presse, prix, Emmanuel Guibert, habituellement si discret, est omniprésent dans le monde de la BD et de la littérature. Grand Prix, unanimement apprécié, du festival d’Angoulême 2020, il avait investi l’Académie des Beaux-Arts de Paris avant d’exposer jusqu’au 27 juin sur les murs du musée d’Angoulême, sous le titre « En bonne compagnie », un titre révélateur pour une exposition monographique qu’accompagne ce magnifique ouvrage homonyme.

Guibert explique lui même le titre: « comme je ne vais pas pouvoir faire autrement que de parler de moi dans ce livre, commençons par parler des autres ». Il est ainsi, le dessinateur mondialement reconnu, le « je » n’est pas son fort mais en parlant des autres, lorsqu’il fait le portrait de dix créateurs amis, on fait mieux connaissance avec le dessinateur lui même. Par transparence apparaît un Guibert attentionné dont Jacques Samson, co-auteur dit de lui qu’il possède « cette forme particulière de l’attention, orientée vers les autres, que l’on désigne sous le nom d’empathie ». Apprendre des autres, chercher à leur contact de nouvelles techniques, de nouveaux styles, est le credo du créateur et l’on est profondément touché lorsqu’il raconte ses rencontres avec le dessinateur chinois Xin, la peintre varengevillaise Micheline Bousquet ou encore Leland, un peintre taïwanais autiste.

C’est bien ce goût des autres qui est à l’origine de ses oeuvres majeures quand il consacre dix années de sa vie à retranscrire l’existence d’Alan Ingram Cope, cet ancien GI ou le reporter photographe Didier Lefèvre en Afghanistan. Pour créer ce type d’ouvrages, Guibert a besoin de dialogues, d’amitié. Il refuse ainsi de raconter la vie d’un résistant trop méconnu Michel Hollard parce qu’il ne consacrera « pas de livre à quelqu’un que je n’ai pas connu ». Par contre il lui offre 98 magnifiques pochades, sous forme de damiers, comme autant de passages clandestins de la frontière suisse.

Cette passion pour les autres on la retrouve dans les entretiens des deux auteurs que l’on doit qualifier de discussions à bâtons rompus. On y découvre notamment combien à chaque vision, chaque volonté de reproduire Guibert utilise un médium, celui qui rendra le mieux l’émotion ressentie: «  si on a une ou deux techniques humides et deux ou trois techniques sèches dans le sac à dos, on arrive à peu près à tout traiter ». Acrylique, craie, terre crue, pipettes pour solution nasale, il expérimente tout, soucieux de trouver à chaque création le médium le plus adéquat.

Magnifiquement mise en pages cette monographie répond parfaitement à la dernière caractéristique du genre: reproduction de croquis, d’esquisses, d’ébauches, de documents rares qui témoignent des multiples techniques utilisées, des styles variés et de la vitalité créatrice d’un auteur capable d’oeuvres de grande envergure inoubliable mais aussi de publier des carnets de croquis dont il a appris avec Frédéric Lemercier le rythme de mise en page, entre dessins et texte. Emmanuel Guibert a en effet un autre talent, celui d’écrire comme en atteste la parution de son dernier livre « Mike » (Gallimard) consacré à la mort d’un ami architecte. « Ecrire et dessiner c’est la porte à côté » aime t’il dire.

Cet ouvrage est indispensable pour les connaisseurs de Guibert mais aussi pour ceux qui ont la chance de ne pas l’avoir encore découvert. Il ouvre les portes d’un monde magnifique en fournissant des clés essentielles d’une oeuvre unique et majeure. Aucun doute vous serez avec Emmanuel Guibert « en bonne compagnie » tout au long de cette lecture. Et pour les lecteurs de la Grande Ourse, vous retrouverez souvent en dessins ou dans les textes l'évocation de Varengeville et de sa région.

Eric

Bartleby, le scribe  Une histoire de Wall Street
par (Libraire)
18 mars 2021

Enigmatique

Si vous retirez la jaquette de la BD, vous vous confrontez à un mur en couverture. Comment ne pas mieux résumer ce texte écrit par Herman Melville et publié en 1853? Ce mur c’est celui qu’a devant sa fenêtre occultée, Bartleby, jeune scribe embauché chez un notaire New-yorkais. Ce mur c’est surtout le refus qu’il adresse à son employeur lorsque celui-ci lui demande autre chose que des copies d’acte. « Je ne préfèrerais pas », ou « j’aimerais mieux pas », « I would prefer not to », telle est sa justification donnée à son attitude. Une explication tellement plus complexe qu’un simple « non » ou « je refuse », tellement difficile que nombre de traducteurs se sont confrontés sur sa conversion en français.

Bartleby, par son attitude devient lui même une brique, une pièce de ce mur, qui enraye la machine. Comme son employeur, il désarçonne le lecteur et ouvre la porte à de multiples explications ou exégèses fournies par Deleuze ou Foucault et annonçant l’univers de Kafka. Daniel Pennac avait remis récemment ce texte à l’honneur par une lecture sur scène, puis en en faisant le fil conducteur de son livre consacré à la mémoire de son frère (1).

Si on en fait une lecture politique, on voit dans ce refus, non motivé une critique du système capitaliste en train de naître, son productivisme, ses taches répétitives, son aliénation, sa subordination aux possédants. Si on en fait une lecture psychologique on peut y voir une forme de résistance passive à l’autorité, au conformisme, bien plus efficace par son inertie qu’un refus violent et explicité. D’autres y voient encore une forme de dérision, surréaliste, voire comique d’un être inexistant.

Ainsi ce récit, qui n’a pas vraiment de début, n’a pas non plus de fin, a pour caractère essentiel de plonger le lecteur dans un vide sidéral, une forme de perplexité qui l’oblige à penser par lui même et à trouver seul la suite d’une nouvelle que l’on peut qualifier aussi de fable …. sans morale écrite, imposée ou suggérée.

Le défi de traduire ce récit majeur de la littérature mondiale était énorme. Le dessinateur espagnol José-Luis Munuera le relève avec une virtuosité étonnante. Il parvient à donner un visage, un corps, une expression corporelle à Bartleby, véritable spectre dont la matérialité semble parfois douteuse. Les épaules basses, les bras ballants, le regard absent, suffisent à traduire physiquement la célèbre phrase. Bartleby ne revendique pas, ne crie pas, ne se met pas en colère mais le dessin de l’auteur le transforme plutôt en personnage désespéré, vide, sourd au monde extérieur, désemparé, fragile.
Ce texte qui pourrait se dérouler à huis-clos, dans l’officine, comme dans un théâtre, Munuera, le fait respirer par de magnifiques scènes de rue dans ce Wall-Street des années 1850. Les décors réalistes baignés dans des tons ocres ou sépia reconstituent la vie new-yorkaise, ses bourgeois avec chapeau melon, redingote, se promenant au milieu d’une foule populaire, active. Lorsque la neige fait son apparition la fin est proche, celle de l’histoire, du personnage principal peut-être mais les questions demeurent. Blanc comme neige ou noir comme l’ombre d’un mur?

Eric

Le voyage du Commodore Anson, Voyage autour du monde fait dans les années 1740 à 1744 par george anson, commandant en chef d'une escadre envoyée par sa majesté britannique dans la mer du sud

Voyage autour du monde fait dans les années 1740 à 1744 par george anson, commandant en chef d'une escadre envoyée par sa majesté britannique dans la mer du sud

Futuropolis

29,00
par (Libraire)
3 mars 2021

L'aventure c'est l'aventure

Quatre ans, c’est le délai de réalisation de cette BD monumentale. Quatre ans c’est la durée de l’histoire racontée tout au long des 272 pages comme si les auteurs, déjà remarqués par le magnifique « Martha Jane Cannary » avaient voulu coller leurs basques, jour par jour au périple de leur héros, le Commodore Anson. Nous sommes en 1740, alors que les puissances du monde sont en guerre, le Commodore se voit confier une escadre de huit navires et de deux mille hommes par le roi d’Angleterre George II. Sa mission est multiple: harceler, capturer, piller, occuper, rançonner du Cap Horn en passant par le Cap de Bonne Espérance, avec une attention particulière pour les côtes d’Amérique du Sud, où l’Espagne et Pizzaro occupent déjà une place de choix. Son navire s’appelle le Centurion, ses hommes, Saunders, Eliot, Brett mais aussi le lieutenant Philip Saumarez qui tint un journal de bord quotidien retrouvé en 1970 et le jeune Richard Walter auteur du Tour du Monde paru en 1748 qui connut un succès littéraire énorme.

C’est qu’elle provoqua l’imagination cette expédition hors normes qui s’acheva dans les rues de Londres où furent acclamés les 188 marins rescapés. Trois siècles plus tard, elle nous subjugue toujours et la réussite des auteurs est de ne pas limiter cette histoire à de simples faits d’armes mais aussi d’en raconter la dimension humaine. Bien entendu tous les ingrédients du genre sont présents et racontés avec une précision documentaire indéniable: poursuites sous le vent, abordages, pillages, sont peints avec réalisme et l’on sent le souffle des boulets déchirer les haubans ou percer les toiles des voiles. Comme des caméras placées à la surface de l’eau, l‘écume de la mer laisse percer la silhouette de magnifiques navires dont on comprend au fil des pages le fonctionnement et la beauté. Il y’a du « Master and Commander » dans la BD. Comme dans le film de Peter Weir, le Commodore Anson, que l’on peut imaginer sous les traits de Russel Crowe, n’est pas qu’un simple exécutant aux ordres du Roi. Au fil des pages, des incidents, des accidents, se dessine le portrait d’un homme militaire, certes, mais empreint d’un humanisme réel, soucieux de la hiérarchie mais aussi des conditions de vie de ses marins.

Elles sont terribles ces conditions, pour des hommes parfois enrôlés de force, parfois inaptes à la navigation avant même d’embarquer sur les quais de Portsmouth. On descend dans les cales où l’on meurt de blessures, de mitrailles et surtout de scorbut, cette maladie due aux carences en vitamine, qui ne provoqua aucune enquête sanitaire pour le futur, au retour de survivants. Aux dessins contemporains, qui peuvent troubler certains lecteurs habitués à la ligne claire, s’ajoutent dans des pages magnifiques, des reproductions détaillées et retravaillées de cartes anciennes de l’ouvrage paru en 1748 de Richard Walter. On se croirait ainsi dans un cours de géographie, de botanique, de naturalisme de l’époque.

La fin de l’album nous révèle que cette expédition, glorieuse, encensée, fut aussi vite oubliée que vécue, absorbée par d’autres conflits. Il fallut à Anson quatre ans pour réaliser ce tour du Monde. Yannick Bestaven vient de clôturer le sien en 80 jours, 3 heures et 44 minutes, mais le navigateur rochelais n’eut pas à attaquer des navires anglais, à dresser le dessin de rivages encore peu connus, à piller la douane de Payta ou à chercher à se ravitailler à Macao en terre de Chine. Heureusement pour lui. Malheureusement pour le Commodore et ses hommes.

Eric