L'esprit du nihilisme, une ontologique de l'histoire
EAN13
9782213638584
ISBN
978-2-213-63858-4
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
ESSAIS
Nombre de pages
614
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
1008 g
Langue
français
Code dewey
149.8
Fiches UNIMARC
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L'esprit du nihilisme

une ontologique de l'histoire

De

Fayard

Essais

32.00

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A

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SOPHOCLE

rentrés chez eux dans l'étrangeté du ban sans lieu

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1

La dialectique de l'être et de l'État

Nous sera-t-il permis de prendre toute la mesure de la révolution soustractive dans la philosophie ? Trois noms seulement dans la modernité peuvent donner l'échelle mensuratrice des impacts et des glissements tectoniques que cette révolution a produits dans la pensée, et que ce livre dégagera : Kant, Hegel, Heidegger. Commençons par quelques acquis fondamentaux, qui soutiennent l'ensemble de l'investigation conceptuelle ici engagée.

1. Le système soustractif de Badiou a établi, pour toujours, que la mathématique était l'ontologie. Qu'est-ce à dire ? C'est dire que la mathématique est l'inscription réglée de tout ce qu'il est possible de dire de l'être sans se contre-dire, comme aurait dit Kojève. Elle n'épuise pas la question de l'être, elle le démontre, comme vide et inconsistance pure formalisés, en particulier dans la consistance de l'étant.

Donc : l'être n'existe pas, au sens de quelque chose qu'on pourrait montrer du doigt ; comme l'a formulé Heidegger (« avec l'être, on n'a rien »), il n'est rien d'étant. Mais le pas décisif de Badiou, c'est que le vide se prouve, par chaque opération mathématique consistante.

Si l'on accepte de réciproquer ce vide pur à l'être, cela signifie que l'être est prouvé. Les conséquences en seront immenses.

Dans une formule mathématique, l'inconsistance pure, le vide-de-l'être, se démontre, « existe » en ce sens non substantiel. Ou alors : la seule « substance » de l'être, c'est dans la mathématique pure que nous la trouvons. L'être est : comme vide non substantiel, comme rien d'étant, démontré dans sa consistance propre par la seule mathématique. Consistance, de quoi ? De l'inconsistance pure, de rien de consistant. Sur rien-du-tout d'étant, rien qui est l'être, la mathématique extrait la forme consistante complexe de ce qui n'existe pas, mais se trouve s'appliquer à tout ce qui existe. Ce qui s'appelle : l'ontico-ontologique, l'étant saisi et décrit en son être pur.

La mathématique ne s'applique qu'à l'être pur et sans qualités sensibles. Il y a le reste, tout ce qui existe substantiellement. Étant ; existence ; présentation ; consistance ; apparaître sont des termes à peu près réciproquables. Ce que dit la mathématique de ce vaste domaine de l'étant, c'est sa structure. Elle est comme le « squelette » nervuré et incorporel de l'étant. La structure « est » l'étant lui-même dans sa consistance existante, mais l'existant et l'étant ne délivrent pas par eux-mêmes cette structure. Cette structure de l'étant « plein » se délivre dans le langage de l'être-vide, la mathématique. Et la structure minimale, c'est la relation d'appartenance, notée mathématiquement ?. Tout existant appartientà un autre existant, par exemple le corps qui écrit présentement à cette pièce, ou cette pièce à cet appartement, ou cet appartement à cet immeuble, etc. Ce qui est interdit, et qui est le « premier principe » de l'ontologie mathématique, c'est que quelque existant s'appartienne à soi : a ? a. Or, c'est cet interdit que Badiou va appeler « l'événement » : qu'un existant en vienne, le temps d'un éclair, à s'appartenir à soi-même. L'événement est impossible transappropriation de soi.

La mathématique est « représentation » absolue de ce qui n'existe pas, l'être ; cette application à ce qui n'est pas une référence ostensive, monstrative, déictique, existante, mais au vide de l'être comme tel, après coup se trouve s'appliquer à ce qui se présente, consiste, existe effectivement : la consistance matérielle de l'étant.

2. Le vide, en tant que « représentation pure », si pure qu'elle échappe en elle-même à la coupure présentation/représentation, qu'elle prescrit, est l'être, qui est inclusà tout ce qui existe. Nous dirons un peu plus loin ce que signifie « techniquement » l'inclusion. Qu'il nous suffise ici de dire : l'inclusion n'est pas une présentation matérielle, mais l'épiphanie de la représentation : pour nommer le « ceci » qu'est un étant, il faut « faire le vide » autour de lui, l'isoler du réseau infini d'appartenances qui le fonde matériellement et en fait un étant. Cet isolement « par le vide » de l'étant est la forme la plus « immédiate » et universelle de ce que nous appelons inclusion.

On part du néant qui affecte tout multiple pour l'isoler, le mettre-en-un : le vide, mis-en-un, est le zéro, le zéro, mis-en-un, est l'Un (l'existant singulier, l'étant local, effectivement consistant et présenté dans quelque monde). Dès qu'il y a singleton, il y a inclusion du vide (tout étant est étant « de l'être » : consistance d'une inconsistance, matière locale sur fond de vide, existence ex nihil).

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