La République impériale. Politique et racisme d'état, politique et racisme d'État
EAN13
9782213625157
ISBN
978-2-213-62515-7
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
ESSAIS
Nombre de pages
401
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
484 g
Langue
français
Code dewey
325.344
Fiches UNIMARC
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La République impériale. Politique et racisme d'état

politique et racisme d'État

De

Fayard

Essais

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Chapitre premier?>La République impériale?>" Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. "Victor Hugo (1879)." Un mouvement irrésistible emporte les grandes nations européennes à la conquête des terres nouvelles. C'est comme un immense steeple-chase sur la route de l'inconnu [...]. Aujourd'hui, ce sont des continents que l'on annexe, c'est l'immensité que l'on partage, et particulièrement, ce vaste continent noir, plein de mystères farouches et de vagues espérances. "Jules Ferry (1890).Pour de nombreux contemporains, la construction et l'extension accélérées des empires coloniaux sont l'événement majeur de la fin du xixe siècle qui, en quelques années, a bouleversé la situation de l'Europe dans le monde en général et celle de la France en particulier. Relativement à cette dernière, la majorité des républicains sont extrêmement fiers de l'œuvre accomplie par le nouveau régime, qui y a puisé une légitimité et une autorité importantes sur les plans intérieur et extérieur. Grâce aux territoires d'outre-mer, entre autres, la Troisième République a réussi à s'imposer à ses adversaires en faisant la démonstration éclatante qu'elle n'était pas la " Gueuse " méprisable, instable et dangereuse qu'ils décrivaient pour mieux la combattre. De plus, les possessions conquises en Afrique, en Asie et dans l'océan Indien ont permis au pays de faire entendre une voix forte dans le concert des nations, de surmonter les conséquences de la défaite infligée par la Prusse en 1870 et de refaire son unité après la Commune de Paris et la guerre civile. Impossible de comprendre les ressorts nationaux du gigantesque " steeple-chase ", selon le mot de Ferry, auquel la France a participé sur tous les continents indépendamment de ce passé catastrophique, qui a longtemps hanté les hommes de cette période et souvent déterminé leurs positions en matière de politique sociale, pénale et coloniale. Hantise du déclin, peur de perdre, à cause de cela, les quelques colonies qui subsistent encore et de voir s'accélérer une régression mortifère pour le pays : tels sont les sentiments éprouvés par beaucoup au tournant du xixe siècle. Dans ce contexte, ils sont nombreux à estimer que le salut national exige la réalisation d'un grand dessein colonial et la fondation d'un nouvel esprit de conquête ; c'est ainsi que la République est devenue impériale en dépit d'oppositions minoritaires mais vives. Pour analyser les circonstances et les débats multiples qui ont favorisé cette mutation spectaculaire, il est nécessaire de revenir à la situation de la France et de l'Algérie au lendemain de la débâcle de Sedan, en 1870.Désastres nationaux et périls coloniaux?>" Alors, Jean eut une sensation extraordinaire. Il lui sembla, dans cette lente tombée du jour, au-dessus de cette cité en flammes, qu'une aurore déjà se levait. C'était bien pourtant la fin de tout, un acharnement du destin, un amas de désastres tels que jamais nation n'en avait subi d'aussi grands : les continuelles défaites, les provinces perdues, les milliards à payer, la plus effroyable des guerres civiles noyées sous le sang, des décombres et des morts à pleins quartiers, plus d'argent, plus d'honneur, tout un monde à reconstruire1 ! " Ainsi s'achève le roman de Zola La Débâcle, consacré à la guerre de 1870 et à la Commune. Au terme d'une narration où la férocité des combats qui ont opposé la France et l'Allemagne est décrite avec force détails, de même que l'" exécrable semaine2", acmé sanglant d'une guerre civile à nulle autre pareille, l'écrivain exprime avec justesse, sans doute, la stupeur de la plupart de ses contemporains. Les termes employés par Zola disent fort bien sa conviction, partagée par beaucoup, d'avoir été le témoin de catastrophes multiples et inconnues en raison de leurs conséquences dramatiques sur les plans humain, territorial et politique. Usant d'une métonymie, il convoque le lecteur au spectacle de Paris pour mieux décrire une France en ruine, et l'on découvre une ville ravagée par les incendies et les combats meurtriers qui s'y sont déroulés. De là son insistance à considérer les événements qui ont eu lieu comme sans précédent dans l'histoire du pays. Jamais ce dernier n'avait connu un tel enchaînement de calamités militaires et politiques, et jamais non plus de telles épreuves ne l'avaient laissé à ce point divisé, affaibli et meurtri. Privée de l'Alsace et de la Lorraine, contrainte de subir l'occupation d'une partie de son territoire par les armées allemandes jusqu'au paiement des indemnités de guerre - 5 milliards de francs - exigées par le vainqueur en vertu du traité de Francfort, signé le 10 mai 1871, " la France " est "à refaire3", affirme Jean, l'un des protagonistes majeurs de La Débâcle. Cette œuvre a suscité des réactions multiples et diverses. Attaqué par les milieux nationalistes, monarchistes et militaristes, qui lui reprochent de donner une image négative de l'armée, même s'ils partagent parfois certaines de ses analyses sur l'état du pays, Zola est défendu par plusieurs écrivains. Anatole France, Georges Pélissier et Gaston Deschamps louent ainsi la " puissance d'évocation " et la " vigueur " de La Débâcle, que ce dernier n'hésite pas à comparer à Germinal. " Lorsqu'on ferme ce livre massif, on est poursuivi par l'angoisse d'une vision affreuse et ineffaçable, ajoute Deschamps ; on a vu crouler une dynastie, une société, une nation : on a été emporté dans le tourbillon d'un des cyclones les plus épouvantables qui aient jamais déraciné et émietté les ambitions et les espérances humaines4. " Terrible bilan ; il demeure partiel, cependant, car il néglige les conséquences de ces désastres dans certaines colonies essentielles pour l'autorité de la France dans le monde.

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