Les mandarins sont revenus, chassez-les !
EAN13
9782912833358
ISBN
978-2-912833-35-8
Éditeur
PROVINCIALES
Date de publication
Nombre de pages
67
Dimensions
17 x 10 x 0,4 cm
Poids
346 g
Fiches UNIMARC
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Les mandarins sont revenus, chassez-les !

Provinciales

10.00
Dans un ultime effort pour surmonter son épuisement, Pierre Boudot (1930-1988) termina sa carrière en dispensant des cours magnifiques à la Sorbonne sur Thérèse d'Avila et Jean de La Croix, dans le repaire de ces mandarins qu'il avait appris à redouter autant qu'à détester. Dans le violent réquisitoire qu'il n'a pas publié de son vivant, Les Mandarins sont revenus, chassez-les ! il dénonce leur puissant mépris des œuvres de l'esprit et des hommes, leur carriérisme mesquin, leur méchanceté - l'égocentrisme, la jalousie, l'infécondité et le plagiat de principe qu'il a décelés chez ces complices de l'argent, qui firent de l'Université quelques années après 1968 le premier territoire perdu de la République. Boudot ne se contente pas de rappeler la fronde des étudiants un instant révoltés contre leur système, leurs manipulations, ce stalinisme de couloirs triomphant dès alors à l'Université, mais il se souvient aussi de quel généreux sens historique, de quelle forme paradoxale de socialisme et de quel amour de la liberté et de la culture était habité un certain Charles de Gaulle, seul recours de la France contre le totalitarisme du libéralisme et le libéralisme du totalitarisme. Les paradoxes de la vérité crucifient ceux qui en ont le courage et même la vocation. La profonde blessure personnelle dont cet écrit témoigne dans une langue, une détresse et un souffle prodigieux, une maîtrise, une ironie intactes, paraissait il y a vingt ou trente ans la meurtrissure évidente d'un écrivain génial cruellement éprouvé. Dans la France d'aujourd'hui, elle est devenue une marque infaillible d'honnêteté et le symbole de tout un peuple qui souffre, acculé dans le désarroi d'une culture qui s'effondre et trahi par ses clercs, mais qui se réveille. Pierre Boudot dans la nuit obscure de son combat contre la mort administrée avec de faux semblants n'est plus un solitaire. De nombreuses âmes affligées de notre temps mais décidées de lutter reconnaîtront en lui un veilleur, un guetteur donnant l'alerte, un éclaireur et un premier de cordée : notre avant-garde. Boudot a gagné en représentation nationale. Sur le ton du cauchemar, d'une hallucination digne de la généreuse tradition des prophètes hébreux rappelée par Marc Bloch, ce texte tient davantage de la musique des psaumes que du pamphlet ciblé (quoique l'on pourrait encore lui assigner des noms). Renonçant à être philosophes, vous êtes devenus doctrinaires et si la réalité déborde des grilles de vos discours, vous donnez tort à la réalité, écrivait-il et la grande cohérence et précision de sa pensée décrit parfaitement, plus de trente ans à l'avance, le mécanisme humain qui aboutit à l'effacement de la culture du vrai en Europe, cette catastrophe en chaîne, et constate le retour pire que la première fois de la maladie idéologique d'un pays prêt à trouver sa place à l'interstice du nouveau pacte hitléro-stalinien que ce texte prophétise : Vous, les mandarins, vous tous les maîtres de la fonction parlante, êtes-vous à l'affût de l'essentiel ? L'insérez-vous dans votre réflexion ? Jamais. On ne peut être à la fois pleutre, mesquin et nommer le péril amassé sur le monde. En vous s'unissent ce qui était mêlé dans Hitler et Staline : le totalitarisme et l'activisme suicidaire. Même si la solidarité est dès aujourd'hui planétaire, en elle, la fraternité n'a pas forcément les mêmes urgences. Pour nous, Français, Européens, Occidentaux, je le redis : Israël est le vrai terrain de notre avenir éthique. Israël est le cœur de notre langage, le rythme de notre instinct de conservation, la mémoire de nos terreurs, de nos effondrements, de l'imprévoyance et de la complicité de nos pères. Quand vous me désespérez, je m'arrête et je songe : Israël... Mais vous, les mandarins, vous arrachez et laissez arracher le mot à ses racines véridiques pour nous et vous le livrez, tel Judas, avec un baiser à la liturgie planétaire d'un nouvel holocauste. À l'heure où nous attendons les effets d'une démission historique de la communauté internationale, impatiente de renouer avec un régime criminel outrancier et de libérer le flux indécent des affaires et du pétrole sur fond de faillites religieuses et humaines, ce texte, scandale de la vérité, montre que le regard isolé méthodiquement (Boudot disait ostracisé) est encore celui qui voit le plus juste. Pierre Boudot est né en 1930. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il part à Heidelberg comme boursier de la Fondation Humbolt, où il étudie Nietzsche sous la direction du professeur Löwith, et s'entretient avec Heisenberg, Jaspers et Heidegger. Proche de Jean Walh, ancien auditeur de l'IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationales), chroniqueur littéraire à France culture, il fut professeur de philosophie à l'Université de Besançon, puis à la Sorbonne. Ses travaux sur Nietzsche furent couronnée par l'Académie française. Il fut l'auteur d'une œuvre romanesque aussi singulière qu'ambitieuse, d'essais iconoclastes et d'une œuvre dramatique dont Ionesco souligna l'invention verbale, le retour au texte. Celui-ci est beau, lyrique, dramatique, éloquent dans le bon sens du terme. Il montre comment les anarchies mènent à la dictature, comment elles la sécrètent. Les anarchies sont multiples et contradictoires, elles répondent à des motivations très différentes, elles arrivent au même but. Pierre Boudot est mort d'un accident de voiture en 1988.
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