Le Temps retrouvé, À la recherche du temps perdu - Tome VII
Éditeur
BnF collection ebooks
Date de publication
Collection
Classiques
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Le Temps retrouvé

À la recherche du temps perdu - Tome VII

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Classiques

AideEAN13 : 9782346142453
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5.49

« Toute la journée, dans cette demeure de Tansonville un peu trop campagne qui
n’avait l’air que d’un lieu de sieste entre deux promenades ou pendant
l’averse, une de ces demeures où chaque salon a l’air d’un cabinet de verdure,
et où sur la tenture des chambres, les roses du jardin dans l’une, les oiseaux
des arbres dans l’autre, vous ont rejoints et vous tiennent compagnie – isolés
du moins – car c’étaient de vieilles tentures où chaque rose était assez
séparée pour qu’on eût pu si elle avait été vivante, la cueillir, chaque
oiseau le mettre en cage et l’apprivoiser, sans rien de ces grandes
décorations des chambres d’aujourd’hui où sur un fond d’argent, tous les
pommiers de Normandie sont venus se profiler en style japonais, pour
halluciner les heures que vous passez au lit, toute la journée je la passais
dans ma chambre qui donnait sur les belles verdures du parc et les lilas de
l’entrée, sur les feuilles vertes des grands arbres au bord de l’eau,
étincelants de soleil et la forêt de Méséglise. Je ne regardais en somme tout
cela avec plaisir que parce que je me disais, c’est joli d’avoir tant de
verdure dans la fenêtre de ma chambre jusqu’au moment où dans le vaste tableau
verdoyant, je reconnus, peint lui au contraire en bleu sombre, simplement
parce qu’il était plus loin, le clocher de l’église de Combray, non pas une
figuration de ce clocher, ce clocher lui-même, qui mettant ainsi sous mes yeux
la distance des lieues et des années, était venu, au milieu de la lumineuse
verdure et d’un tout autre ton, si sombre qu’il paraissait presque seulement
dessiné, s’inscrire dans le carreau de ma fenêtre. Et si je sortais un moment
de ma chambre, au bout du couloir j’apercevais, parce qu’il était orienté
autrement, comme une bande d’écarlate, la tenture d’un petit salon qui n’était
qu’une simple mousseline mais rouge, et prête à s’incendier, si un rayon de
soleil y donnait. »

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