Le Crime et le Châtiment
Éditeur
BnF collection ebooks
Date de publication
Collection
Classiques
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Le Crime et le Châtiment

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Classiques

AideEAN13 : 9782346141463
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5.49

« Au commencement de juillet, par une soirée excessivement chaude, un jeune
homme sortit de la petite chambre meublée qu’il occupait sous le toit d’une
grande maison de cinq étages, dans le péréoulok S..., et, lentement, d’un air
irrésolu, il se dirigea vers le pont de K...
Dans l’escalier, il eut la chance de ne pas rencontrer sa logeuse. Elle
habitait à l’étage au-dessous, et sa cuisine, dont la porte était presque
constamment ouverte, donnait sur l’escalier. Quand il avait à sortir, le jeune
homme était donc obligé de passer sous le feu de l’ennemi, et chaque fois il
éprouvait une maladive sensation de crainte qui l’humiliait et lui faisait
froncer le sourcil. Il devait pas mal d’argent à sa logeuse et avait peur de
la rencontrer.
Ce n’était pas que le malheur l’eût intimidé ou brisé, loin de là ; mais
depuis quelque temps il se trouvait dans un état d’agacement nerveux voisin de
l’hypocondrie. S’isolant, se renfermant en lui-même, il en était venu à fuir
non pas seulement la rencontre de sa logeuse, mais tout rapport avec ses
semblables. La pauvreté l’écrasait ; toutefois il avait cessé, en dernier
lieu, d’y être sensible. Il avait complètement renoncé à ses occupations
journalières. Au fond, il se moquait de sa logeuse et des mesures qu’elle
pouvait prendre contre lui. Mais être arrêté dans l’escalier, entendre toutes
sortes de sottises dont il n’avait cure, subir des réclamations, des menaces,
des plaintes, répondre par des défaites, des excuses, des mensonges, – non,
mieux valait s’esquiver sans être vu de personne, se glisser comme un chat le
long de l’escalier.
Cette fois, du reste, la crainte de rencontrer sa créancière l’étonna lui-même
lorsqu’il fut dans la rue. »

Cette version numérique a été réalisée à partir de l'édition traduite par
Victor Derély et qui est parue chez Plon en 1884.

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