La patiente de 17 heures
Éditeur
Editions Thierry Marchaisse
Date de publication
Langue
français
Langue d'origine
français
Fiches UNIMARC
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La patiente de 17 heures

Editions Thierry Marchaisse

11.99

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Dès les premières lignes, le ton, le genre et le cadre de ce roman sont donnés. C'est une fiction oui, mais qui "fictionnalise", avec humour et auto-dérision, un huis-clos qui a réellement eu lieu entre un psy, Stéphane Rusinek, et une nouvelle patiente. Il se déroule le temps d'une première séance de thérapie – qui va s'avérer unique. Le lecteur a accès directement à leur dialogue et aux réflexions intérieures du psy. Ici pas question de psychanalyse, pas d'inconscient, ni d'événement refoulé. Le psy est un scientifique, spécialiste des TCC (Thérapie Cognitive Comportementale) et plus particulièrement des émotions. C'est la fin de l'année et il est fatigué, en fait il s'apprête à partir en vacances à la fin de la séance et il ne pense d'abord qu'à cela. Il est empathique avec ses patients, mais juste quand il le faut, et pas toujours aussi fin et incisif que les psy sont censés l'être. Légèrement acariâtre, volontiers provocateur et grossier, c'est le genre de type, à recevoir en espadrilles et en short, parce qu'il fait parfois très chaud du côté de Lille. La jolie rousse qui débarque dans son cabinet cache ses yeux derrière des lunettes noires et porte (bizarrement) des baskets qui jurent avec sa mise élégante. Elle va mal, très mal même et l'on va comprendre pourquoi, mais au départ elle n'a nullement l'intention de jouer franc jeu avec le psy. En fait elle tient même à lui cacher beaucoup de choses : son nom, son adresse, etc.. parce qu'elle vient justement en consultation dans un but très précis et qui doit lui aussi rester caché pour être atteint. Si elle est là c'est juste parce qu'elle est persuadée que pour atteindre ce but secret elle a besoin de Stéphane Rusinek, dont elle a lu les livres et suivi certaines conférences. S'engage alors un rapport de force entre le psy et sa patiente (d'une finesse et d'une lucidité exceptionnelles) durant lequel l'un et l'autre vont se manipuler, se piéger, à tour de rôle : la patiente pour tout à la fois cacher et atteindre son but, le psy pour l'empêcher de l'atteindre — lorsqu'il réussira enfin à le découvrir. Cette patiente a une histoire amoureuse très paradoxale qui l'a construite et qu'elle révèle au fil des pages. C'est une lesbienne dont le grand amour est un homme hétéro et qui vit très heureuse en couple avec lui. Elle n'imagine même pas un instant pouvoir vivre sans son cher Quentin, son copain d'enfance, l'homme de sa vie, avec qui elle a toujours tout partagé joyeusement, à commencer par son lit et ses conquêtes féminines (à elle). Le hic c'est que le couple a rencontré assez récemment la... femme bi de leur vie. Or, ce triangle amoureux apparemment parfait, et qui tourne d'abord au ménage à trois idyllique, s'est mis assez rapidement à battre de l'aile. Et c'est pourquoi la jolie rousse finit par échouer devant ce psy un peu grognon, parce qu'elle souffre décidément trop. Il se trouve, en effet, qu'elle s'est récemment aperçue, par hasard et avec horreur, que ses deux amours la trompaient ensemble, c'est-à-dire couchaient non seulement sans elle mais à son insu. Depuis lors sa souffrance et sa peine d'être ainsi cocue « au carré » n'ont cessé de croitre. Et la seule solution qu'elle a trouvée pour faire disparaître l'une et l'autre est de disparaître elle-même. Elle a prévu de se suicider le soir même et a tout programmé à cette fin, à commencer par l'entrevue à laquelle on assiste (qui n'aurait pas dû avoir lieu, mais qu'elle a rendue possible en sabotant la voiture d'une autre patiente). Mais encore une fois, elle n'a pas du tout l'intention de révéler son véritable projet au psy, parce qu'elle sait qu'il essaierait de le contrecarrer. Ce qu'elle veut, c'est l'utiliser comme une sorte de lettre d'adieu vivante adressée à son Quentin. Elle considère en effet qu'en tant que spécialiste des émotions, Rusinek est le mieux placé pour faire comprendre à l'homme de sa vie ce qu'elle ressent et l'aider ensuite à surmonter son suicide. Le psy finit par comprendre petit à petit dans quel guêpier il est tombé, parce que le plan très élaboré de la patiente pour se suicider tranquillement et l'embarquer dans son histoire a tout de même des failles, et bien entendu il cherche à l'en empêcher. Plus les failles sont visibles et plus la tension monte entre les protagonistes, sans qu'aucun ne trouve vraiment d'issue à la situation. On est la plupart du temps dans la tête du psy, dont les pensées sont parfois contradictoires voire s'égarent face à cette patiente qui le déroute, par sa maîtrise exceptionnelle d'elle-même, son art de conteuse et parce qu'elle refuse de suivre son protocole habituel. Du coup, le lecteur apprend ce qu'est un psy TCC, ce qu'il cherche d'ordinaire lors d'une première séance avec un patient, comment il travaille, ou plutôt comment il aimerait travailler, parce que sa patiente ne se laisse pas faire et tient à mener la danse. Ce n'est que quand le psy comprend enfin ce qui se joue dans cette séance, qu'il va tenter d'en reprendre la direction et de dégoupiller la grenade qui est assise devant lui. Souvent, les patients savent en effet (comme la grenade rousse en question) de quoi ils souffrent, leur problème est de ne pas entrevoir de moyens efficaces pour arrêter leur souffrance ou au moins la diminuer. Dans ces cas-là, un psy TCC peut intervenir et les aider à trouver une solution, à base d'exercices et de techniques éprouvés. Mais bien sûr tout cela réclame du temps et se joue toujours sur plusieurs semaines voire plusieurs mois de travail en commun. Or là, tout le problème du psy est que le compte à rebours enclenché par sa patiente le prive de tous ses moyens ordinaires et qu'il lui faut alors improviser une solution d'urgence. Quitte à pratiquer une sorte de « psychologie de guerre », comme on dit « chirurgie de guerre »... Dans ce livre, on découvre donc une autre réalité du travail de psy (très loin de la psychanalyse), et on la découvre au fil d'un suspens digne des meilleurs polars. On apprend aussi au passage beaucoup de choses : ce que sont les thérapies comportementales et cognitives, comment elles agissent, sur quoi elle se fondent. Par sa construction, ce roman déborde largement et très habilement l'unique séance qui lui donne son unité d'intrigue, de temps et de lieu. On assiste aussi à des conférences sur les TCC, on entre dans une salle de séminaire (le psy enseigne à l'université de Lille, dans le roman et dans la vie), etc. Mais, comme dans tout huis-clos, il reste que c'est le « combat » psychologique entre les deux principaux protagonistes qui tient le devant de la scène — un combat dont l'issue reste constamment indécise et passe d'un camp à l'autre au fur et à mesure que les cartes tombent. Stéphane Rusinek est psychologue clinicien et professeur de psychologie à l'université de Lille. Spécialiste des thérapies comportementales et cognitives (TCC), il est l'auteur de plusieurs ouvrages scientifiques notamment sur les émotions. La Patiente de 17 heures est son premier roman, inspiré d'une histoire vraie, qui s'est déroulée dans son propre cabinet. 1997 soutenance d'une thèse de doctorat en psychologie. 1999 nommé Maitre de Conférence en Psychologie à l'université de Lille. 2003 soutenance d'une thèse d'Habilitation à Diriger des Recherches ; plus de 20 thésards suivis. 2005 nommé Professeur de Psychologie à l'université de Lille. Directeur d'une formation de Master en TCC et d'un DU en TCC, directeur du laboratoire de recherche PSITEC pendant 6 ans. Membre de l'Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive depuis 1996 (AFTCC) : Secrétaire Général à une époque, Responsable scientifique, président pendant 4 ans, directeur de l'enseignement depuis 4 ans. Auteur de plusieurs ouvrages scientifiques ou de vulgarisation, principalement chez Dunod. Conseillé éditorial chez Dunod et InterEditions. Bibliographie : Ouvrages (certains traduits en plusieurs langues) Rusinek, S. (2017). Traiter la Dépression et les Troubles de l'Humeur. Paris : Dunod. Chapelle, F., Monié, B., Poinsot, R., Rusinek, S. & Willard, M. (2014). Aide Mémoire en Thérapie Comportementale et Cognitive. Paris : Dunod (seconde édition). Charron, C., Dumet, N., Guéguen,...

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