Une croix sur l'enfance, Témoignage
Éditeur
Geste Éditions
Date de publication
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Une croix sur l'enfance

Témoignage

Geste Éditions

AideEAN13 : 9782490839070
  • Fichier EPUB, libre d'utilisation
12.99

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**Jean-Pierre Sautreau raconte son enfance volée, violée et envolée au petit
Séminaire de Chavagnes-en-Paillers.**

Je viens d’avoir 11 ans cet avril 1960, et j’apprends que je vais partir au
Séminaire de Chavagnes-en-Paillers rejoindre des dizaines d’autres enfants.
Comme eux, on m’a découvert la vocation sacerdotale. J’ai soi-disant reçu un
mystérieux appel à être prêtre. En réalité, cette élection ne résulte ni d’un
événement extraordinaire, ni d’un choix personnel, mais de la conjuration
d’adultes : enseignant, abbés de la paroisse, recruteur spécial autour du bon
élève d’une famille catholique modèle plus ou moins subjuguée.
Je deviens ainsi l’agneau sacrifié d’une Église en mal de troupes pour assurer
son développement. Mon enfance va m’être arrachée, ma singularité piétinée. Je
vais connaître l’humiliation et la souillure, la solitude et la mélancolie
avant d’être chassé six ans plus tard du troupeau et revenir vers des parents
déçus et incompréhensifs. Bousculé dans ma construction d’être, privé
notamment d’adolescence, je resterai marqué à vie par ces années, blessé en
particulier par la distension du lien avec une mère qui m’a alors laissé
partir.

**Après de nombreux doutes et hésitations, Jean-Pierre Sautreau s'abandonne
dans un récit poignant, accablant l'Eglise et ses parents d'avoir volé son
enfance, écrit paradaxalement dans une écriture épurée et presque poétique.**

EXTRAIT

Chers parents… J’ai dans l’oreille la chanson de Ray Ventura et ses
collégiens. Comme dans Madame la Marquise, tout va très bien. Tout doit aller
au mieux dans chaque récit hebdomadaire. Comment leur déplorer ces tout petits
riens, qu’en réalité, ma longue navigation dans le skaï fauve et écœurant de
l’autobus avait été une épreuve, que j’en étais descendu tout cafardeux et
sans jambes, que je n’avais pas retenu une ligne du paysage, tout au long
habité par la frêle silhouette maternelle irrésistiblement avalée dans la buée
du départ, qu’à peine franchis les crocs blanchis de la grille, j’avais été
ressaisi par la pénétrante tristesse des lieux, par leur rêche grisaille comme
une cendre retombant sur les braises encore tièdes de cette courte fête passée
avec eux, que je m’y sens abandonné dans un éternel hiver. Chers parents… tout
va très bien comme chaque semaine. Comment leur confier qu’au réfectoire,
alors que la règle du silence est exceptionnellement levée les jours de
rentrée, ma table était restée ce soir-là sans paroles, que je n’y avais
croisé que des visages lointains et fermés et qu’au dortoir certains lits
n’avaient pu ravaler leurs sanglots. Comment m’épancher quand l’article 5 du
Règlement intérieur précise : les lettres sont ramassées à la fin des études
et remises à Monsieur le Supérieur, qui les fait parvenir à la poste. Les
lettres doivent être remises ouvertes à Monsieur le Supérieur, qui, lui-même,
rendra ouvertes les lettres que recevront les élèves.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

"La puissance des mots. A fleur de peau. Une jolie écriture. J ai été
touchée." **Corinne Girard 341968** sur _Babelio_

À PROPOS DE L'AUTEUR

**Jean-Pierre Sautreau** est né à Luçon où il réside. Ce livre est son
premier récit. Il a auparavant essentiellement publié des recueils de poésie
et des monographies.
Ses deux derniers livres sont _Dans le jardin de mon père_ et _Au fil de ma
mère_.

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