Que la nuit tombe sur l'orchestre. Surréalisme et musique, surréalisme et musique
EAN13
9782213643649
ISBN
978-2-213-64364-9
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
MUSIQUE
Nombre de pages
541
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
722 g
Langue
français
Code dewey
700.411
Fiches UNIMARC
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Que la nuit tombe sur l'orchestre. Surréalisme et musique

surréalisme et musique

De

Fayard

Musique

27.00

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PREMIÈRE PARTIE

La musique au temps de Dada

La question de la place de la musique dans Dada est double. Elle porte en effet sur deux objets : d'une part les écrits, par lesquels se révèle un intérêt pour la musique dans les textes dada, d'autre part les réalisations musicales liées au mouvement. La profusion de créations musicales plus ou moins proches de Dada invite d'ailleurs à s'interroger sur les limites du mouvement Dada, « un groupe presque fictif à force de dispersion et d'hétérogénéité ». Plusieurs foyers existent : New York, Zurich, Berlin, Paris, des acteurs très divers s'y sont côtoyés et les manifestations en ont été multiples. Dada est par essence polymorphe et possède une capacité à intégrer des manifestations émanant de courants artistiques contemporains, telles les musiques du groupe des Six et d'Erik Satie, pourtant tenus à l'écart du mouvement. Pour tenter de dresser un bilan de son activité dans le domaine musical, nous laisserons donc de côté l'approche strictement événementielle, en renvoyant le lecteur au tableau chronologique donné en annexe, et nous tenterons de définir quelques jalons pour une esthétique musicale au temps de Dada. De nombreux écrits de musiciens et de poètes témoignent d'un intérêt théorique pour la musique, c'est le cas des réflexions d'Erik Satie dans ses textes et en marge de ses partitions, puis des essais de théorisation de Jean Cocteau et enfin des écrits de compositeurs dans les revues dada. Mais parallèlement les composantes des spectacles dada sont une tentative pour soustraire la musique à l'influence de l'académisme. Autant de raisons de s'interroger sur l'apport de Dada au renouvellement du langage musical.

- Par convention, nous faisons mention de Dada avec une majuscule, lorsque le mot est en place de substantif et sans majuscule lorsqu'il est un adjectif : « Dada / le théâtre dada ».

- BRETON, Qu'est-ce que le surréalisme ?, in : Œuvres complètes. II, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1992, p. 236.

Chapitre premier

Esthétiques musicales
contemporaines de Dada

Satie précurseur de Dada

Deux œuvres d'Erik Satie, d'une force polémique indéniable, pourraient illustrer les caractéristiques de la tumultueuse avant-garde du début du XXe siècle. Il s'agit de Parade et Relâche, d'une part en raison de « l'insensibilité provocante » de la première, face aux effusions débordantes du romantisme et à la grandiloquence tétralogique (« allegro barbaro » nous dit Vladimir Jankélévitch), d'autre part pour l'ironie désabusée de la seconde, citant des airs volontairement vulgaires, musique « pavoisée » de chansons populaires, selon Jankélévitch. Parade est présenté au Théâtre du Châtelet le 18 mai 1917 par les Ballets Russes de Serge Diaghilev, il est bâti sur un argument de Jean Cocteau, avec des décors de Pablo Picasso. Guillaume Apollinaire rédige le programme de ce spectacle et salue l'Esprit nouveau du ballet dans lequel il voit « une sorte de sur-réalisme ». C'est la première apparition du mot.

Satie entretient des rapports avec les mouvements d'avant-garde qui apparaissent au moment de la Première Guerre mondiale au milieu desquels va s'opérer la création du surréalisme, à travers la nébuleuse d'artistes qui constitue Dada. Cultivant la brièveté, l'autodérision et l'ironie dans ses pièces, il apparaît comme un maître de l'art de la critique indirecte. Comme Dada et les surréalistes, sa démarche part du refus des mouvements antérieurs, il cultive l'irrévérence à l'égard des maîtres respectés – comme Claude Debussy ou Maurice Ravel –, s'est toujours volontairement tenu à l'écart de la musique officielle et pratique la provocation du public comme un art.

Néanmoins Satie est mort à peu près à l'époque où le surréalisme s'est constitué en mouvement, et c'est plutôt à Dada que son œuvre peut être identifiée, même s'il a tenu à garder ses distances vis-à-vis du mouvement. Nous considérerons donc l'œuvre de Satie comme une préfiguration de Dada à ce stade de notre étude. Pourtant, comme nous le verrons plus loin, il sera mêlé à l'histoire de Dada plusieurs fois, notamment lors de spectacles du groupe parisien, puis en créant la musique d'ameublement, et enfin lors de sa collaboration avec Francis Picabia en 1924.

Fait unique dans la musique, Satie emploie des annotations très développées sur ses partitions. Bien connue des mélomanes, cette caractéristique de l'œuvre du musicien peut être analysée d'un point de vue littéraire. Satie a en effet laissé un nombre très important d'écrits, dont les annotations ne constituent qu'une part minime. Il a ainsi cultivé son violon d'encre, selon une expression de Hans Arp. La partie littéraire de l'œuvre du compositeur mérite donc d'être étudiée pour le contrepoint qu'elle offre avec la musique.

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