La Tentation de saint Antoine
Éditeur
NumiLog
Langue
français
Fiches UNIMARC
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La Tentation de saint Antoine

NumiLog

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Oh ! si tu voulais, si tu voulais ! J'ai un pavillon sur un promontoire au milieu d'un isthme, entre deux océans. Il est lambrissé de plaques de verre, parqueté d'écailles de tortue, et s'ouvre aux quatre vents du ciel. D'en haut, je vois revenir mes flottes et les peuples qui montent la colline avec des fardeaux sur l'épaule. Nous dormirions sur des duvets plus mous que des nuées, nous boirions des boissons froides dans des écorces de fruits, et nous regarderions le soleil à travers des émeraudes ! Viens !

Antoine se recule. Elle se rapproche ; et d'un ton irrité :

Comment ? ni riche, ni coquette, ni amoureuse ? ce n'est pas tout cela qu'il te faut, hein ? mais lascive, grasse, avec une voix rauque, la chevelure couleur de feu et des chairs rebondissantes. Préfères-tu un corps froid comme la peau des serpents, ou bien de grands yeux noirs, plus sombres que les cavernes mystiques ? regarde-les, mes yeux !

Antoine, malgré lui, les regarde.

Toutes celles que tu as rencontrées, depuis la fille des carrefours chantant sous sa lanterne jusqu'à la patricienne effeuillant des roses du haut de sa litière, toutes les formes entrevues, toutes les imaginations de ton désir, demande-les ! Je ne suis pas une femme, je suis un monde. Mes vêtements n'ont qu'à tomber, et tu découvriras sur ma personne une succession de mystères !

Antoine claque des dents.

Si tu posais ton doigt sur mon épaule, ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. La possession de la moindre place de mon corps t'emplira d'une joie plus véhémente que la conquête d'un empire.

Avance tes lèvres ! mes baisers ont le goût d'un fruit qui se fondrait dans ton coeur ! Ah ! comme tu vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine, t'ébahir de mes membres, et brûlé par mes prunelles, entre mes bras, dans un tourbillon...

Antoine fait un signe de croix.

Tu me dédaignes ! adieu !

Elle s'éloigne en pleurant, puis se retourne :

Bien sûr ? une femme si belle !

Elle rit, et le singe qui tient le bas de sa robe la soulève.

Tu te repentiras, bel ermite, tu gémiras ! tu t'ennuieras ! mais je m'en moque ! la ! la ! la ! oh ! oh ! oh !

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