RADIO
EAN13
9782213643267
ISBN
978-2-213-64326-7
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
MUSIQUE
Nombre de pages
184
Dimensions
18 x 12 x 0 cm
Poids
202 g
Langue
français
Code dewey
791.446
Fiches UNIMARC
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16.00

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I?>Ça parle trop
sur France Musique !?>Ça parle trop sur France Musique ! L'incrimination est ancienne. Elle se confond avec l'histoire de la chaîne (laquelle est toujours « en crise »). Il n'y a pas eu un temps où l'on trouvait que FM ne parlait pas trop, où une majorité d'auditeurs trouvait que ça parlait juste assez. Que les producteurs de FM s'en tenaient sagement à l'indispensable : œuvre, interprètes, année...Fût-ce en l'assortissant d'un qualificatif charmant, voire d'une (courte) anecdote réjouissante, ou d'une citation bien trouvée. Et c'est tout. Après quoi on avait la musique. Heureux temps – qui ne furent jamais !Au lieu de cela, on a, depuis toujours, mais toujours « de plus en plus », une parole (bavarde), un commentaire (inutile), de la « parlotte » (insupportable). Du bla-bla. Parfois, un prétentieux ou une bas-bleu vient « disséquer » une symphonie de Mozart ! Les parleurs étalent leur Moi, souvent leur incompétence. On ne demandait qu'àécouter de la musique : et ils la parasitent.***Les responsables prennent des mesures, surtout après un mauvais sondage. Ils édictent des normes, des quotas de parole. Cinq minutes par heure. Dix minutes par heure. Selon. Vingt minutes pour une émission de trois heures : et l'on fermera les yeux (ou les oreilles) sur dix minutes de « dépassement ». Dans les émissions de simple programmation (des disques à simplement annoncer et « désannoncer »), quasi rien. Un Chef de programme avait un jour qualifié le qualificatif autorisé : il devait être « apéritif » – pour le cas où l'auditeur aurait été rassasié avant que d'être nourri !Les producteurs se rient de ces ukases. Ils les enregistrent, les approuvent – et passent outre. Un consensus parmi eux semble s'être établi selon lequel ça ne parle pas trop sur FM, mais ça parle mal : surtout leurs collègues.***C'est entendu : les Parleurs, que je renonce à distinguer des Bavards, sont insupportables. Le prurit de la parole les démange. Pas seulement par l'effet d'une fatuité regrettable. Beaucoup ont le sentiment que la parole est le seul considérant qui permette de jauger leur valeur. Pourtant, le choix d'une musique et/ou d'une interprétation, la pertinence d'un enchaînement, l'équilibre rythmique d'une séquence, la répartition des « pleins » et des « déliés » dans la densité des informations et du commentaire, l'agogique des forte et des piano, celle des morceaux rapides et lents, toute cette syntaxe, qui n'a que faire de la durée de parole proprement dite, est souvent ignorée. Les producteurs ne sont pas assez compositeurs.***Ça parle trop sur FM ? C'est vrai que ça parle. Le ça y parle : moyen de faire autrement avec un art tout imprégné d'Eros ? Quelqu'un s'attache à Schumann, dit son enthousiasme, veut le faire partager à ses auditeurs. Comment y parviendrait-il, s'il y parvient, sans se mettre un peu à nu lui-même ? « Je confie à la voix le soin de me représenter tout entier » (Podalydès, 2008).Mais je n'ai pas besoin de l'enthousiasme d'Untel pour apprécier Schumann, proteste l'Auditeur ! Je l'aime tellement que ma discothèque en est emplie. Le Concerto pour piano est là, à portée de ma main. Bonheur. Je le mets ( !), je l'écoute. Ça suffit comme ça. « La Grande musique sans commen taire » promettait Radio Classique, la concurrence de FM.***Et pourtant, j'écoute FM, quitte à vitupérer contre les Parleurs. Au risque de me voir fourguer une interprétation du Concerto bien falote, ou, s'il s'agit d'un concert, soumise à l'aléa. Mon bien-aimé Lipatti, où es-tu ? Je veux de la musique, rien que de la musique, et si possible conforme à l'idéal interprétatif que j'en ai forgé depuis des lustres, souvent à partir du premier disque que j'en ai possédé, que je n'ai jamais remis en cause, celui qui m'a fait d'ailleurs découvrir l'œuvre, l'aimer, la placer dans mon panthéon personnel. Je ne pars pas en voyage sans la mettre discrètement dans les bagages pour le jour du débarquement sur l'île déserte. Je n'ai besoin de personne.Et pourtant, je prends et reprends le risque d'écouter la radio. Serais-je maso ?*** C'est bien dans cette contradiction, ce paradoxe, que réside la magie de la radio. Une partie de la magie. Le parleur m'insupporte : mais j'en ai aussi besoin, il faut croire ! Entre l'œuvre vénérée et parfaite, et moi, j'ai besoin de cet Autre après tout semblable à moi, qui bafouille, qui essaie de dire quelque chose et n'y parvient pas toujours, mais qui est de mon côté par rapport à l'œuvre, même s'il la connaît mieux ou plus mal que moi. « Ça parle trop sur FM » ? Voilà qui souvent résume tout d'une réalité bien complexe. C'est peut-être vrai, mais ce n'est pas plus intéressant à constater que de dire que la mort-aux-rats est faite pour tuer les rats.

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