La noce des Blancs cassés, roman
EAN13
9782213638386
ISBN
978-2-213-63838-6
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
Fayard noir
Nombre de pages
265
Dimensions
2 x 1 x 0 cm
Poids
312 g
Langue
français
Code dewey
849
Fiches UNIMARC
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La noce des Blancs cassés

roman

De

Fayard

Fayard noir

20.00

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I?>Bonne arrivée, patron !?>?>1?>En Afrique, le soir tombe vite...Dans un nuage de poussière rouge, la Mercedes fonçait à tombeau ouvert sur la piste tôlée de Kodékro-Niamkadougou, comme un cafard affolé par une giclée d'insecticide. Malgré les vitres teintées, Aliou, le chauffeur, aveuglé par les dernières braises du soleil qui résistaient au crépuscule, sentait la fatigue effacer les effets de la noix de cola qu'il avait ruminée voluptueusement sur le goudron reliant Bangala, la capitale, à Kodékro, la seconde ville du pays. Le paysage de savane avait des allures de barbecue, avec ses feux disséminés aux quatre coins de l'horizon et ses envolées de vautours qui saignaient le ciel comme un mouton sacrifiéà Dieu. Aliou, en bon musulman bangalais pénétrant sur ses terres, ne put s'empêcher de murmurer dans une bouffée de nostalgie : « Allah est grand ! » Son envolée mystique lui faisait presque oublier celui qui somnolait sur la banquette arrière, un des personnages les plus redoutés du régime : Félix Battiono. Ce petit homme, engoncé dans un costume d'alpaga bleu métallisé, étranglé par une cravate en soie aux couleurs du PUB, le Parti unique bangalais, était complètement étranger à la poésie du paysage. Il serrait contre son cœur un attaché-case qui, reliéà son poignet droit par une chaîne dorée, semblait être le prolongement naturel de son bras.Comme disent les vieux : un cafard ne dérange pas la brousse...Pourtant, jamais insecte n'avait été aussi attendu dans ce lieu paisible. A la sortie d'un virage, deux hommes, coiffés de casques de moto, se préparaient à l'accueillir avec un troupeau de zébus.Le premier motard, postéà l'entrée du virage, releva sa visière et fit signe à son compère. Celui-ci cogna aussitôt à grands coups de bâton l'arrière-train des bestiaux qui déferlèrent en beuglant sur la piste au moment où surgissait la Mercedes.Aliou en oublia son Coran et perdit sa religion en même temps que les pédales : « Nom de Dieu ! » hurla-t-il en essayant d'éviter la première bête qu'il heurta de plein fouet avant de perdre le contrôle du véhicule. Le deuxième zébu qu'il faucha fit exploser le pare-brise dans une gerbe de sang, et le troisième dés équilibra la voiture qui partit en tonneaux à travers le troupeau, soulevant un nuage de poussière, avant de quitter la piste et de finir sa course contre une énorme termitière.Le premier motard rejoignit en courant son comparse et dégoupilla une grenade qu'il balança sur la voiture. L'explosion faucha les zébus rescapés, transformant en quelques secondes la piste en étal de boucher. Des flots de sang giclèrent de tous les quartiers de viande à l'agonie qui jonchaient le sol. Les flammes de l'enfer jaillissant de la Mercedes se fondirent dans les derniers rayons du soleil comme pour annoncer l'Apocalypse en ce lieu de paix ancestrale. Dans son cercueil de tôles déchiquetées, Aliou comprit que le paradis n'était pas fait pour les petits ; il était en train de griller comme un cochon : rien de pire pour un musulman ! Fou de douleur, il rendit l'âme en hurlant son désespoir. Rampant hors du brasier, son patron, lui, était en train d'échapper à la justice d'Allah : mû par l'instinct de conservation, Félix Battiono arracha du véhicule en flammes son corps sanguinolent et poursuivit ses reptations désordonnées dans la poussière poisseuse de la piste jusqu'à la carcasse frémissante d'un animal éventré.Les derniers gémissements laissèrent bientôt place au crépitement des hautes herbes qui s'enflammaient derrière la voiture. Félix Battiono aperçut un des motards qui s'approchait en louvoyant à travers les sinistres dépouilles.– Aidez-moi !... Vite !... parvint-il à articuler à l'adresse de l'homme casqué.Celui-ci, sans un mot, leva la machette qu'il tenait à la main et l'abattit d'un coup sec.Le poignet sectionnéétait encore accrochéà l'attaché-case lorsque le motard s'en empara. Battiono ne ressentit aucune douleur, il ne comprit pas d'emblée et ne se mit à hurler que lorsque l'homme se débarrassa de sa main coupée comme d'un objet superflu.

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