Sérotonine

Sérotonine

Michel Houellebecq

Flammarion

  • par (Libraire)
    27 février 2019

    Florent-Claude pourrait n'être que l'antihéros plusieurs fois croisé dans l’œuvre de Houellebecq : le type, jamais très en forme, errant, échouant d'histoires d'amour en histoires d'un jour, fantasmant sur la moindre midinette... pour finir ici par trouver l'acmé du plaisir dans un supermarché offrant l'infini du désir dans la variété des boites d'houmous.
    Assailli par une sévère dépression, notre homme tente une ultime quête, celle de son grand amour perdu. Commence alors un voyage, fait d'introspection, de rencontres et d'épreuves qui le rapprocheront à chaque fois un peu plus de la vérité, d'une vérité sur lui-même et sur le monde qui l'entoure.
    En empruntant les chemins du roman initiatique médiéval, en allant à l'origine du récit occidental, Houellebecq nous livre un roman d'une lucidité crue sur l'essence même de notre être contemporain.
    L'art de la formule et l'humour acide font mouche, l'art du portrait le place dans le sillon des grands moralistes, la citation et les références affleurent et la prose de Houellebecq, à la fois légère et profonde, emporte vers un indéniable plaisir de lecture.


  • par (Libraire)
    26 février 2019

    En général, je ne lis pas les romans qui sont des évènements littéraires avant même que les livres soient arrivés dans les librairies. J’ai l’impression – certainement erronée – que cette réputation est le résultat d’arrangements entre amis. "Sérotonine" s’étant bien vendu à la la librairie, j’espérais que quelqu’un de mon entourage l’ayant lu me le raconte. Mais non. Je n’avais plus d’autre solution que le lire pour m’en faire une idée.
    Je dois dire que je n’ai pas été déçu ! Qu’un roman porte le titre de "Sérotonine" et que le narrateur soit un type aussi dépressif, c’est de l’ironie à haut degré.
    Pour dire vite, Florent Claude Labrouste est un agronome dont la vie professionnelle est plus qu’ennuyeuse et loin d’être un modèle de réussite. Sa compagne du moment, Yuzu, une japonaise, le rejoint après une absence. Ça ne le réjouit pas. Il décide de s’effacer de la vie sociale et y arrive aisément et rapidement. Tout de même, ce personnage très auto-centré a la nostalgie de quelques personnes. De Camille, son premier amour, vétérinaire en Normandie. Il séjourne dans sa localité en espérant la revoir, peut-être même la reconquérir, mais n’y arrive pas. Camille est la seule personne lumineuse de ce sombre roman.
    D’Aymeric d’Harcourt-Olonde, un ancien de l’Agro, d’une famille aristocratique propriétaire d’immenses terres, encore en Normandie. Il s’est installé comme agriculteur sur ses terres, dans ses bâtiments , travaille quinze heures par jour, gagne moins que son père qui est rentier. Le narrateur rencontre cet homme déprimé, devenu alcoolique, déçu par des politiques agricoles inadaptées, en qui monte un sentiment de colère qui explosera au cours d’une manifestation. Ces pages sombres décrivent avec justesse une réalité douloureuse et profondément injuste. Il faut lire cette description d’un monde rural au bord de la faillite, elle appartient aux meilleures pages du roman.
    Florent-Claude commence ses journées par la prise d’un cachet de Captorix, qui l’aide à vivre tout en agissant négativement sur sa libido. Même si l’amour est sa grande affaire, il est impuissant. Impuissant sexuellement, impuissant à retrouver son premier amour et impuissant à sauver son ami agriculteur.
    Dans le domaine de la provocation, Houellebecq fait montre d’une belle puissance. Tout y passe : le libéralisme économique, Leclerc et les Carrefour City, quelques écrivains, les féministes, les journalistes, les homos, les écolos, les bobos, surtout ceux qui sont bobos et écolos, et j’en oublie… Mais la noirceur n’empêche pas le cocasse, le délire, la drôlerie, ce qui permet au lecteur de ne pas déprimer à son tour.
    Avec son regard affûté, Houellebecq décrit très bien une société déprimée, désabusée, stratifiée. Il est en phase avec les Gilets Jaunes. Il peut se montrer cynique dans les interviews, il n’en est pas moins un tendre profondément ému et révolté quand il décrit le désespoir de agriculteurs.
    Si on passe outre les obsessions sexuelles et aguichantes du narrateur, c’est un très bon roman, ironique et clairvoyant,outrancièrement provocateur, qui se lit avec délices.

    "On m’avait peu donné, et j’avais peu envie de donner moi-même"

    "Étais-je capable d’être heureux en général ? C’est le genre de question, je crois, qu’il vaut mieux éviter de se poser."


  • par (Libraire)
    22 février 2019

    Houellebecq parvient envcore à déranger… et quoiqu'on en dise, apporte encore une respiration au paysage littéraire. Alors oui, il est parfois cru, réactionnaire mais il donne aussi à réfléchir sur l'amour désenchanté, la recherche du bonheur et sur la condition des paysans.


  • par (Libraire)
    10 janvier 2019

    Un grand roman

    Un Houellebecq houellebecquien : qui s'en plaindra ? Certainement pas moi en tout cas. Le narrateur est au bout de tout; sentimentalement, d'occasions perdues en lâchetés si bassement humaines, il a tout raté ou gâché. Professionnellement, à force de clamer dans le désert, il a fini par s'y retrouver.

    Ce nouveau médicament anti-dépresseur l'aidera t-il ? Un espoir est-il possible ? Ne rêvez pas, on est chez Houellebecq.

    Acuité de la vision sociétale, style imparable.

    Un grand roman.

    Jean-Loup / Libraire


  • 6 janvier 2019

    **Au royaume du glauque**

    Sérotonine. C’est le nom d’un neurotransmetteur qui permet, sinon de voir la vie en rose au moins de la supporter. C’est aussi le nom du dernier roman de Michel Houellebecq. Avant d’en commencer la lecture, un conseil : procurez-vous quelques cachets.

    Simplifions l’histoire: Florent-Claude Labrouste est un agronome dans la quarantaine qui décide de se soustraire à la vie sociale. Pas de se suicider, enfin pas tout de suite car il n’y aurait pas de roman, mais de disparaître, de s’évaporer. Ce qu’il fait en s’installant dans un hôtel Mercure (où l’on peut encore fumer) à la porte d’Italie, après avoir quitté sa compagne du moment, Yuzu, une japonaise qui copule, entre autres, avec des chiens, ce qui écœure le brave Florent-Claude « surtout pour les chiens ».

    Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u


  • par (Libraire)
    4 janvier 2019

    ça bouscule !

    Florent-Claude, ingénieur agronome et dépressif profond, décide un jour de disparaître et de retourner sur les traces de son passé.
    Houellebecq distille avec maîtrise et provocation les tourments d'un homme occidental de ce début du XXI ème siècle.
    Misogyne, arrogant et pervers, ce personnage est tout sauf politiquement correct !